Le faire ou mourir – Claire-Lise Marguier

Je pense que beaucoup de blogueurs ont entendu parler de Le faire ou mourir, court roman jeunesse de Claire-Lise Marguier. J’étais intriguée à la fois par les chroniques de lectrices bouleversées, de lectrices moins emballées, et par les sujets abordés aussi. Entre deux lectures plus conséquentes, j’ai lu (en deux grandes bouchées) ce petit roman d’un peu plus de 100 pages.

Damien, dit Dam, vient de changer de lycée. Dans sa nouvelle école, il rencontre Samy et sa bande, qui vont rapidement devenir ses amis et son univers. Mais le père de Dam voit d’un très mauvais œil que son fils « s’acoquine » avec des jeunes gothiques. Samy, en particulier, n’est rien moins que conventionnel. Les relations entre Dam et son père s’enveniment, jusqu’à ce que…

le faire ou mourirMême si le livre était plus long, il se dévorerait presque aussi vite. L’écriture de l’auteure est porteuse d’urgence, comme le titre qu’elle a choisi d’ailleurs (et qui révèle pleinement son sens à la toute fin). Il y a très peu de coupures, pas de chapitres, presque pas de paragraphes, et des phrases qui se suivent de manière quasi-interminables, comme les pensées de Dam, narrateur, qui se bousculent sans cesse dans son esprit mais passent rarement ses lèvres. Il encaisse, intériorise, bout. Adolescent perdu, sa tête est désordonnée, et Claire-Lise Marguier rend très bien cette sensation. On est mal pour lui, on a mal pour lui aussi. D’ordinaire, je suis très pointilleuse sur le style, et je grimace facilement quand un livre est mal écrit. Pour être honnête, ce roman n’est pas bien écrit, mais ce choix d’écriture a un sens, il se justifie par la personnalité du personnage principal, par son âge, sa situation et son histoire. Je ne suis pas sûre que des centaines de lecteurs auraient reçu ce même coup de poing dans l’estomac si le style avait été différent.

Ce roman adolescent, je crois qu’il faudrait surtout à le donner à lire aux adultes, à ces parents peu tolérants et peu compréhensifs envers leurs enfants. Il peut aussi aider les jeunes qui se sentent paumés, qui ne savent pas comment prendre le fait de se savoir différent (nous sommes tous différents, mais combien de gens s’en rendent compte ?). Je crois aussi qu’il ne faut pas le laisser entre les mains d’un adolescent fragile sans l’accompagner dans sa lecture, j’entends par-là sans en discuter avec lui : lui demander ce qu’il en pense, l’amener à prendre position par rapport à ce que fait et pense Dam, chercher son avis sur la fin. Les sujets sont intéressants et importants : le mal-être, la dépression, l’homosexualité, la violence, l’auto-mutilation, les relations entre adolescents, les relations familiales… Tout ce qui fait la vie à cet âge-là et qui peut nous marquer si profondément.

Et quelle fin. En l’approchant, j’ai d’abord été choquée, presque en colère que l’auteure ait choisi de terminer ainsi, puis je suis ensuite tombée des nues dans les dernières pages. Il y a matière à s’interroger sur ce choix : l’auteure a-t-elle laissé le soin au lecteur de « choisir » la fin ? A-t-elle décrit deux dimensions parallèles ? Ou a-t-elle décrit ce qui aurait pu se passer et ce qu’il est finalement advenu ? Je pencherais plutôt pour cette dernière explication. Elle est d’abord allée à un extrême, le plus dur, le plus violent (néanmoins plausible…) pour secouer le lecteur, lui faire prendre conscience de ce que les actes comme ceux du père de Dam peuvent avoir comme conséquences, puis elle est allée (presque) à l’autre extrême, pour nous montrer une autre voie possible, pour être porteuse d’espoir aussi : il y a toujours possibilité de s’en sortir.

Ce roman n’est pas un coup de cœur, je ne pense pas non plus le relire, mais je ne l’oublierai pas, et je le garde en tête pour le conseiller. Je comprends que certains aient adoré, que d’autres soient restés dubitatifs. Personnellement j’ai aimé, je suis contente de l’avoir lu et d’avoir eu cette « piqûre de rappel ». C’est un bon livre, et si vous êtes curieux de le découvrir, n’hésitez pas.

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