Mr Darcy’s Daughters – Elizabeth Aston

[Chronique de juillet 2012]

Attention mesdames et messieurs, le combat va commencer. Voici les protagonistes : d’un côté, Coquelicote, blogueuse, se considérant comme Janéite (= fan de Jane Austen et de son œuvre), et de l’autre, Les filles de Mr Darcy, roman de Elizabeth Aston, aux éditions Milady. L’arbitre étant moi-même, Coquelicote, le combat sera très inégal, et je m’en délecte d’avance. Je préviens également que je ne détiens pas la vérité universelle, comme toujours je n’exprimerai que mon avis, basé sur mon propre ressenti, avec la franchise qui me caractérise. Je vous demande pardon d’avance si j’offense quelqu’un, ce qui ne manquera pas d’arriver si vous avez aimé ce roman. Merci Matilda de me l’avoir prêté, en effet j’ai pu me forger mon opinion !

Les filles de Mr DarcyLa quatrième de couverture nous annonce une suite de Orgueil et préjugés, vingt ans plus tard. Tandis que Mr et Mrs Darcy sont à Constantinople pour une mission diplomatique, leurs cinq filles sont à Londres chez leurs cousins les Fitzwilliam. Première remarque, souvent faites par d’autres lectrices : pourquoi les filles de Mr Darcy ? Elizabeth compte aussi, non ? Alors voici mon explication sur le choix de ce titre : c’est vendeur. Elizabeth Aston, ma nouvelle meilleure ennemie, s’est dit que ça attirerait les Janéites, que son livre se placerait très bien dans le grand courant de la littérature para-austenienne. Bien pensé, mais très vil. C’est tromper des milliers de personnes qui admirent Jane Austen et ses écrits, parce que Aston n’a strictement rien compris à Jane. Ce n’est pas une franchise. Ce ne sont pas des histoires d’amour minables censées vous arracher une larme parce qu’elles finissent bien. Ce sont des propos sensés, drôles, un regard incisif porté sur la société. Mais tout dans Les filles de Mr Darcy est insipide et ridicule. Les personnages d’abord. Je commencerai par dire ceci : pensez-vous vraiment qu’Elizabeth et Darcy seraient du genre à pondre sept mômes ? (Oui parce qu’il y a deux petits garçons aussi, après les cinq sœurs.) Je sais que la contraception à proprement parler n’existait pas encore, mais les gens n’étaient pas stupides. Elizabeth, qui a connu le désastre d’être d’une fratrie de cinq sœurs, n’aurait jamais pris le même risque. Sans compter que si je ne me trompe, Jane Austen a vu plusieurs de ses belles-sœurs mourir suite à de trop nombreuses grossesses et savait que la condition de mère était difficile. Je ne la vois pas donner sept enfants à l’un de ses plus beaux couples, même si elle avait voulu faire une suite (et je ne crois pas que ça lui ait jamais traversé l’esprit, mais là n’est pas la question).

Parlons des personnages inventés pour cette suite. On rencontre donc les cinq sœurs Darcy, le premier chapitre est plus ou moins consacré à leur présentation. Dès le début j’ai bien senti que ça n’allait pas coller. L’aînée, Letitia (Letty), est belle comme une déesse grecque (c’est pas moi qui le dit), mais surtout elle est extrêmement moralisatrice, à tel point que ça se rapproche fortement de la bêtise, comme je m’y attendais avec « l’incident Valpy ». Elle a un caractère épouvantable, et elle est incapable de penser correctement. C’est une dévote maniérée, ridicule, excessive dans ses paroles et ses gestes (et vas-y que je hurle à la moindre nouvelle, que je prévois toutes les catastrophes possibles et imaginables pour une simple sortie en ville). La deuxième, Camilla (que je hais l’auteure d’avoir choisi ce prénom !), est censée être Elizabeth, dans un style copier-coller d’Orgueil et préjugés. Elle a en effet plus de cervelle que les autres, elle est « moins » jolie, mais elle plaît beaucoup quand même, hein. Trop sûre d’elle, elle va se trouver aveuglée par ses sentiments, blablabla. Et surtout, on la dit intelligente et tout ça, mais j’ai remarqué qu’elle passe énormément de temps à se préoccuper de ses tenues, ce qui lui confère un air cruche qui sied bien à la famille apparemment. Belle (Isabelle) et Georgie (Georgina) sont Lydia et Kitty, en plus belles et plus écervelées encore. Des « salopes » même, pour employer un vocabulaire moderne que je n’apprécie pas. Jumelles (fausses jumelles), elles sont « Jour » et « Nuit » (comme c’est original). La benjamine, Alethea, ne pense qu’à la musique, et elle est très mal élevée, mais elle a le mérite d’être très perspicace. J’ai beau réfléchir, pour moi aucune de ses filles ne pourrait être une enfant du couple Darcy-Elizabeth. Jamais ils n’auraient permis à leurs filles de devenir comme ça, et jamais ils ne les auraient appelées comme ça non plus. J’ai trouvé que Wytton était une insulte à Darcy, et la servante Sackree montre de façon flagrante que Aston n’a pas la moindre idée de comment une domestique se comportait avec ses maîtres.

Comme c’est une suite (ça me fait mal de l’écrire), on retrouve certains personnages de Jane Austen, à commencer par Mr Fitzwilliam, le cousin de Mr Darcy. Certes, cela fait un moment que je n’ai pas lu P&P, et mes souvenirs de Fitzwilliam sont assez flous, mais je suis presque certaine qu’il n’est pas du tout comme ça. On dirait un gros débile, vulgaire et idiot (alors qu’il est censé être député…). Sa femme, Fanny, inventée, est un beau paradoxe : on la dit sensée et vigilante, mais elle laisse faire tout et n’importe quoi, et ne parle que de fêtes et de vêtements, elle est complètement inconséquente. Vive la frivolité. Mr et Mrs Gardiner sont assez proches de leurs vrais modèles, mais leur fille n’est absolument pas convaincante. Eux non plus n’auraient pas pondu un gosse comme ça. Lydia, devenue Mrs Pollexfen, est fidèle à son caractère mais sa situation est juste impossible à mon sens : elle n’est pas assez intelligente pour en arriver là où Aston l’a mise. Lady Warren, anciennement Miss Bingley, était tellement exagérée qu’on n’y croit pas. Ses « manipulations » sont ridicules, on la croirait bête comme ses pieds, ce qui est loin d’être le cas. Et c’est tout. Eh oui, ce sont les seuls personnages qu’on voit intervenir directement dans l’histoire. Pas d’Elizabeth, de Darcy, de Jane, de Bingley, de Mr Bennet. Je ne vois absolument pas l’intérêt d’une suite sans eux.

Parlons un peu de l’histoire en elle-même maintenant. C’est là-dessus que beaucoup défendent ce livre. Je suis désolée, mais là encore je dois souligner que c’est n’importe quoi. L’intrigue n’est pas du tout intéressante car ne tourne qu’autour de sujets futiles : être la plus jolie (et la plus conne) pour trouver un mari fortuné. Belle définition de l’amour dites-moi ! Tout le long du livre, j’avais l’impression de regarder un très, très mauvais film, avec quelqu’un à côté de moi qui n’arrêtait pas de me dire que c’est absolument génial, à cause de la façon dont l’auteure présente les choses. Elle tente de nous forcer à adhérer à son point de vue sur les filles Darcy, alors que mes propres réflexions me montraient tout autre chose vu les actions des « demoiselles ». Non seulement le dénouement est extrêmement prévisible (copié sur celui du roman austenien), mais les péripéties le sont également, en étant le plus éloigné qu’il est possible des rebondissements de Jane Austen. La péripétie Busby est ridicule (on n’est pas dans un roman d’aventures !), celle de Sir Leigh je l’ai vue arriver des chapitres à l’avance et je l’ai trouvé très déplacée dans un roman qui se réclame du modèle austenien. Ça ne colle absolument pas ! Sans compter que l’ensemble donne une image de la société londonienne très éloignée de la vérité : Aston insiste bien sur tous les travers des gens, à quel point certaines soirées sont dangereuses pour les jeunes filles, mais ne montre jamais ce qu’est une soirée convenable où l’on peut s’amuser sans passer pour une pute.

Certaines phrases m’ont fait bondir de mes gonds, m’ont indignée, et j’ai fini le livre vraiment en colère. Exemple : je pense que Jane Austen ne s’étendait pas sur les scènes d’amour et n’écrivait pas sur le désir sexuel parce qu’elle n’y connaissait que peu de choses et surtout parce que ce n’est pas nécessaire pour faire passer des émotions. Cela contribue à faire la pureté et la saveur de ses romans, remplis d’émotions implicites et de non-dits. Mais Aston n’a rien compris. Page 105, Fitzwilliam entre dans la chambre de sa femme qui se change : « Il aimait la voir en sous-vêtements, les cheveux défaits. Cela suscitait en lui les émois les plus intenses. » Et c’est du très soft là, pourtant c’est déjà insupportable quand on imagine ses mots sous la plume de Jane Austen. Il y a bien pire plus tard dans le roman. Vous savez que je ne suis pas prude : je critique parce que c’est une preuve de plus de l’idiotie d’Aston. J’étais à une petite centaine de pages quand j’ai eu un espoir fou : je me suis dit que ça se trouve, l’auteure est américaine, ce qui expliquerait en partie pourquoi elle a l’air de ne strictement rien connaître à Jane Austen (oui, je me demande si elle a vraiment lu ses romans en fait) et au XIXème siècle en Angleterre. Mais non, Aston est britannique. Si l’on compare avec Stephanie Barron, qui elle est américaine il me semble, c’est flagrant. Cette dernière n’a pas su non plus imiter le style de Jane Austen, mais on sent à travers ses romans qu’elle l’admire, et qu’elle souhaite lui rendre hommage, quand Aston ne fait qu’utiliser son nom pour faire du fric (et le souiller à mon avis).

Je vais spoiler un peu sur l’histoire pour montrer à ceux qui ont lu le roman quelques exemples de ce que je n’ai pas du tout aimé. Spoiler : Quand Sir Sidney Leigh demande la main de Camilla à Fitzwilliam, celui-ci dit oui aussitôt. Vraiment ? Que Darcy et Elizabeth soient absents c’est pas grave apparemment. À la fin, quatre sœurs sur cinq sont mariées ou presque. C’est pas un peu trop ? Légèrement exagéré ? Pas une, mais deux des filles font une fugue (hm ça ne vous rappelle pas une certaine Lydia ?), et les deux finissent mariées. Georgina est carrément attrapée en train de coucher avec un type qui a plus du double de son âge. Non, ça ne vous choque pas ? Du grand n’importe quoi. Le personnage de Wytton est calqué sur Darcy, mais je ne vois pas Darcy pouffer comme un babache dans un salon mondain. Fin de spoiler.

J’ai vu une personne écrire que pour apprécier le roman, il faut considérer que ce n’est pas une suite de P&P, enlever le nom de Darcy. Pour moi c’est impossible, puisque justement Aston a clairement voulu rappeler P&P. Même si on enlève le côté littérature para-austenienne, à mon sens ça reste extrêmement mauvais. Prévisible, ennuyeux, complètement improbable dès qu’on pense qu’on est dans une famille d’excellente condition dans la première moitié du XIXème siècle en Grande-Bretagne. Je ne sais pas quoi ajouter de plus, je suis juste désespérée. Vous savez ce qui est le pire ? La suite va bientôt sortir, et je me sentirai obligée de la lire. À la base, après avoir lu l’avis de Matilda, je m’étais dit « même si c’est vraiment nul, je rachèterai le livre, pour continuer ma collection austenienne », mais en fait non. Le deuxième tome me permettra de pousser une nouvelle gueulante, très certainement, mais peut-être en moins forte, car il sera centrée sur Alethea. J’espère qu’elle n’aimera pas les chapeaux.

Challenge Austenien

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