Manifeste de la femme futuriste (et autres textes) – Valentine de Sain-Point

Je me rappelle parfaitement l’achat de ce petit livre de la collection Mille et une nuits chez Cooks & Books en 2014. J’y étais allée avec deux copines pour une dernière sortie livresque avant de quitter Lille (la librairie se situe en fait près de Bruxelles). Je cherchais un petit quelque chose à acheter en souvenir et ce titre m’a accroché l’œil. Ça avait tout l’air d’être un écrit féministe, un petit essai qui se lirait facilement et me pousserait à réfléchir.

Manifeste de la femme futuristeJe l’ai sorti de ma bibliothèque sur un coup de tête et m’y suis plongée sans la moindre idée de ce que j’allais y trouver, mais en espérant, forcément, être inspirée comme avec les autres textes de ce genre que j’ai pu lire (comme La Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne d’Olympe de Gouges ou Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie). Le moins que je puisse dire, c’est que j’ai été décontenancée par le contenu.

Je ne savais absolument pas ce qu’était le « futurisme », mon ami Wikipédia m’a un peu éclairée quand je suis allée le consulter après ma lecture (mais j’avoue ne pas bien comprendre) : « Le futurisme est un mouvement littéraire et artistique européen du début du XXe siècle (de 1909 à 1920), qui rejette la tradition esthétique et exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, la machine et la vitesse. » Déjà pas le genre de mouvement artistique susceptible de me plaire. Un peu plus loin sur la page : « Le futurisme prône l’amour de la vitesse (Luigi Russolo, Dynamisme d’une automobile, 1912-1913) et de la machine (exalte la beauté des voitures), ainsi que la nécessité de la violence pour débarrasser l’Italie du culte archéologique du passé. Marinetti est le seul à pousser ses idées jusqu’à se réclamer du social-darwinisme en exaltant « la guerre – seule hygiène du monde ». » Ça donne le ton. Le mouvent a d’ailleurs souvent été assimilé au fascisme.

Dans son premier texte, Manifeste de la femme futuriste, Valentine de Saint-Point expose fort justement que la femme est l’égale de l’homme mais qu’elle s’en empêche en se cantonnant à la douceur généralement associée à son sexe. Jusque là, toujours d’accord : une femme qui expose avec un peu de virulence son opinion, au travail par exemple, risque d’être considérée comme une hystérique, alors qu’un homme qui tape du poing sur la table a « le courage de ses idées » (je prends volontiers un exemple moderne, faut bien que je puisse m’identifier aux propos pour comprendre). Là où je ne suis plus d’accord du tout, c’est quand elle explique que la force et la virilité, y’a que ça de vrai, et que les femmes devraient se montrer aussi violentes que les hommes. Autre temps, autres mœurs, je sais bien, mais avec le recul qu’on a aujourd’hui sur les conséquences de cette valorisation de la violence avec les deux Guerres mondiales, merci mais non merci. Extraits :

Toute femme doit posséder, non seulement des vertus féminines, mais des qualités viriles, sans quoi elle est une femelle. L’homme qui n’a que la force mâle, sans l’intuition, n’est qu’une brute. Mais, dans la période de féminité dans laquelle nous vivons, seule l’exagération contraire est salutaire : c’est la brute qu’il faut proposer pour modèle

Il ne faut donner à la femme aucun des droits réclamés par les féministes. les lui accorder n’amènerait aucun des désordres souhaités par les Futuristes, mais, au contraire, un excès d’ordre.

Et quelques pages plus loin, on a une courte mais néanmoins claire apologie du viol dans Manifeste futuriste de la luxure. Voilà, c’est fini pour moi.

La Luxure est pour les conquérants un tribut qui leur est dû. Après une bataille où des hommes sont morts, il est normal que les victorieux, sélectionnés par la guerre, aillent, en pays conquis, jusqu’au viol pour recréer la vie.

Je me suis demandé un moment si elle « plaisantait », puisque le but de ce texte et de prendre le contre-pied d’un « futuriste » italien particulièrement misogyne, mais elle m’a l’air tout ce qu’il y a de plus sérieuse dans ses propos. Il y a également un sacré classisme dans sa façon de voir les choses. Seules les femmes ayant une place sociale confortable peuvent se permettre d’être libres et indépendantes. Pour les autres, ses idées ne peuvent aboutir.

J’ai peut-être vraiment mal compris ses propos (il me manque certainement des clés de compréhension), mais pour moi ça ne passe pas. Voici ce que dit Wikipédia à ce sujet : « cette année 1912 est marquée par la publication du Manifeste de la femme futuriste qu’elle rédige en réaction à certaines idées misogynes contenues dans le Manifeste du futurisme de Filippo Tommaso Marinetti. Elle en donne lecture le 27 juin à la salle Gaveau, entourée des figures de proue du mouvement. Elle y prône une attitude féminine agressive et combattante qu’elle qualifie de « virile », et conceptualise la sur-femme, pendant du sur-homme nietzschéen. Elle y aborde le thème de la luxure, qualifiée de « force », thème qu’elle développera dans un deuxième manifeste, publié un an plus tard, le Manifeste futuriste de la luxure. Ces écrits, traduits dans toute l’Europe, firent du bruit et eurent le mérite de mettre la femme au centre des débats du mouvement futuriste qui en compta dès lors beaucoup dans ses rangs. Mais fidèle à son indépendance intellectuelle, elle déclarera en janvier 1914 dans le Journal des débats : « Je ne suis pas futuriste et je ne l’ai jamais été ; je n’ai fait partie d’aucune école. » »

Après ce premier texte, j’ai eu du mal à lire les suivants, j’étais trop mal disposée. J’ai fini par la trouver vraiment ridicule à vouloir à tout prix se démarquer, être originale à outrance, être subversive (l(un de ses romans s’appelle L’Inceste, où une mère initie son fils aux actes sexuels…). Sa Métachorie en est un bon exemple. Elle voulait révolutionner la danse, procéder à une fusion de tous les arts… « Cette danse idéiste aussi nouvelle soit elle, succède néanmoins aux danses serpentines de Loïe Fuller et aux recherches chorégraphiques d’Isadora Duncan. » (Wikipédia toujours) En fait, elle a juste, au mieux étendu, au pire pompé, le travail d’autres. Ses développements sur ses idées artistiques condensaient tout ce qui peut me déplaire dans l’art moderne et/ou contemporain (oui c’est moi la fille qui n’aime pas aller au Centre Pompidou !).

Peut-être l’édition de Mille et une nuits, qui regroupe Manifeste de la femme futuriste, suivi de Manifeste futuriste de la luxure, Amour et luxure, Le Théâtre de la Femme, Mes débuts chorégraphiques, La Métachorie (textes réunis, annotés et postfacés par Jean-Paul Morel), aurait mérité davantage d’éléments de contexte et d’explications. Je ne pense pas être une personne plus bête qu’une autre, mais vraiment, je n’ai pas compris qu’on puisse tenir un tel discours et n’ai pas du tout, du tout aimé ce livre.

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