Le Journal d’une femme de chambre – Octave Mirbeau

Pour occuper mes trajets quotidiens différemment, j’ai choisi de me plonger dans la version audio d’un roman dont j’avais souvent entendu parler sans vraiment en connaître le sujet : Le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau.

L’action se situe à la fin du XIXème siècle. Célestine, femme de chambre expérimentée, vient de prendre une nouvelle place chez les Lanlaire, dans un petit village de Normandie où la vie est bien plate en comparaison des hôtels privés parisiens. Elle en profite pour raconter dans son journal son nouveau quotidien et pour se rappeler ses précédentes places.

Le journal d'une femme de chambreJe me doutais que le roman ne faisait pas dans la bienséance, mais à ce point j’ai vraiment été surprise ! En empruntant la voix d’un personnel de maison, qui assiste au plus près à la vie de ses maîtres, l’auteur a choisi l’angle parfait pour critiquer de manière très virulente la société de son temps. Au début, j’ai cru qu’il se plaçait du côté des domestiques, « victimes » des folies de leurs maîtres, mais en réalité il n’épargne personne. Célestine moque les notables pour lesquels elle travaille et ceux qu’elle voit dans la vie publique parisienne mais les envie, les imite à son niveau et rêve d’appartenir à leur monde, visible mais encore inaccessible pour elle.

Son parcours tel qu’il est déroulé par Octave Mirbeau est une représentation de la décadence, du ridicule. Les anecdotes racontées, plus ou moins longues, sont de pire en pire. Tous les vices, toutes les immoralités sont présentes. Célestine s’indigne vaguement de certains méfaits, est écœurée de quelques bassesses mais elle-même se plie volontairement à des actes au mieux indignes et se trouve fascinée par un personnage absolument détestable, le serviteur des Lanlaire, Joseph.

Joseph est beaucoup plus âgé qu’elle, antisémite à un degré égalé seulement par les tarés comme Drumont qu’il admire d’ailleurs, soupçonné du viol et du meurtre d’une petite fille (qu’il ne niera pas, mais le doute plane jusqu’à la fin), prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut. Ainsi, non seulement les nantis sont raillés mais les soubrettes et servants, et le peuple qu’ils représentent, sont tout aussi méprisables parce qu’ils ne cherchent qu’à les égaler dans la turpitude et ne se rebellent pas, ne faisant que renouveler le système lorsque par un moyen infâme ils parviennent à devenir eux-mêmes des gens de la « bonne société ».

Certains passages provoquent presque la nausée tant Mirbeau renchérit dans l’horreur sociétale. C’est exagéré, il y a aussi eu de bonnes personnes à cette époque. On voit les anti-dreyfusards, mais il y a eu de grands dreyfusards aussi, comme Zola. Mais tout cela se pardonne facilement tant le texte est subversif et réussi en ce sens. Le style également m’a beaucoup plu, c’est très bien écrit, et la lectrice a très bien rendu sa voix, parfois sensuelle, moqueuse ou lassée. Le livre audio que j’ai écouté est gratuit (le roman est dans le domaine public), vous le trouverez sur ce lien.

En résumé, l’écoute de ce roman fut une sacrée surprise. Je ne m’attendais pas à tant de sordide, de luxure à peine déguisée, à une attaque si violente de la société de la fin du XIXème et à des personnages si pathétiques voire détestables, mais j’ai été emportée par le tourbillon vicié décrit par Mirbeau et sa belle plume.

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