The Professor – Charlotte Brontë

[Chronique de novembre 2012]

Lorsque je suis allée visiter l’Écosse, j’ai acheté une petite dizaine de livres en anglais. Il y a un mois, alors que je finissais un roman, je me suis dit qu’il serait bien de commencer à piocher dedans. J’ai finalement choisi l’un des plus courts (250 pages) et surtout un qui avait de fortes chances de me plaire, puisque les sœurs Brontë ont depuis longtemps gagné mes faveurs. Il s’agit de The Professor, premier roman de Charlotte Brontë, qui n’a été publié qu’à titre posthume si je ne m’abuse. Je vous fais un petit résumé de mon cru.

The professorWilliam Crimsworth, jeune homme orphelin tout juste sorti de l’école, tourne le dos à ses oncles aristos qui souhaitaient le forcer à embrasser une carrière qui ne lui plaisait pas et s’adresse à son frère, de dix ans son aîné, pour l’aider à trouver du travail dans le commerce, comme leur défunt père. Mais ce frère inconnu, s’il lui donne effectivement du travail, le traite comme un moins que rien. Après plusieurs semaines, excédé et aidé par M. Hunsden, un homme un peu marginal, William part pour Bruxelles où il devient professeur dans l’école pour garçons de M. Pelet. Une école pour jeunes filles côtoie celle-ci, où William donne bientôt des cours également, sous la direction de Mlle Reuter. Très vite, un flirt semble naître entre le jeune professeur et la directrice, de quelques années son aînée.

Je vous donne volontairement mon propre résumé, car celui de la quatrième de couverture donne beaucoup d’informations, trop à mon goût puisqu’il va jusqu’aux deux tiers du roman ou presque ! Ce roman a été écrit avant Jane Eyre, et à mon avis la qualité de l’histoire n’est pas la même. Jane Eyre m’avait complètement transportée, mais The Professor n’a pas réussi. Par contre, l’écriture est vraiment extrêmement soignée. J’ai choisi un roman court, mais je n’ai pas choisi un roman où l’anglais est facile ! C’est de l’anglais du XIXème, avec énormément de vocabulaire et de tournures de phrases recherchées. Il y a donc des moments où je ne comprenais rien d’autre que le thème général du paragraphe. Néanmoins, je ne pense pas avoir raté un événement du roman ou avoir mal compris quelque chose. Telle que vous me lisez aujourd’hui, je suis donc très, très fière de moi ! Je n’ai pas appris énormément de nouveaux mots, et ceux que j’ai retenus ne me seront pas très utiles je pense vu qu’ils sont aujourd’hui très désuets voire archaïques. Pour une première lecture, ça a demandé de faire beaucoup fonctionner mes méninges ! C’est pour ça qu’il m’a fallu quasiment un mois pour arriver au bout.

LogolectureanglaisSur l’histoire donc, elle est moins intéressante si on prend le côté « romance » et péripéties. C’est très linéaire, très lent, et la véritable histoire d’amour arrive très tard dans le roman. Les personnages également ne sont pas très attachants. Même s’il rejette ses ascendances aristocratiques, le narrateur est très fier, arrogant même, il dédaigne la plupart des gens qu’il rencontre (et notamment ses élèves), il critique à tout-va. La vision de la société dépeinte par Charlotte à travers son héros est très négative, et donc un peu déprimante (oui bon, Jane Eyre ce n’est pas la joie non plus, mais c’est si beau…). L’ironie et le sarcasme sont très présents, et à certains moments ça m’a fait sourire. Le seul personnage que j’ai vraiment aimé, c’est Hunsden. Il m’a vraiment fait rire ! Ce type marginal, qui surgit à l’improviste (même si à force je le voyais venir…) est un personnage très intéressant. Néanmoins, on ressent aussi dans ce texte la volonté de Charlotte Brontë de montrer que les femmes comme les hommes peuvent tracer leur propre chemin dans le monde, que lorsque deux âmes sont bonnes, deux personnes intelligentes, qu’importe leur sexe. Et là peut-être l’auteure s’est-elle identifiée à la petite Frances Henri, intelligente, calme, mais capable de tenir tête aux hommes pour défendre ses opinions.

Un petit mot encore : les sœurs Brontë parlaient français, comme beaucoup de jeunes filles éduquées de l’Angleterre du XIXème siècle. On le voit d’ailleurs dans Jane Eyre, où l’héroïne parle français avec la pupille de Mr Rochester. Ici, William Crimsworth parle aussi français, et de nombreux dialogues à Bruxelles, quoique courts, sont rédigés dans cette langue. C’était amusant, et j’ai pu constater que les sœurs maîtrisaient bien notre langue ! Les défauts sont peu nombreux, et c’est toujours très compréhensible.

The Professor est un roman différent des deux autres des sœurs Brontë que j’ai lus, Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent, il ne traite pas vraiment des mêmes thèmes et par sa volonté affichée de critiquer la société (surtout continentale, les Britanniques sont assez largement épargnés) il se rapproche assez d’un Jane Austen, mais en moins fin, moins drôle, mené d’une écriture moins accessible et avec des personnages moins hauts en couleurs (ça fait beaucoup de moins). Ça n’en reste pas moins un court roman agréable, où la psychologie humaine est finement analysée et où l’amour qui arrive sur la fin peut être touchant parce qu’inhabituel et à mon sens, vraiment moderne, où les partenaires sont sur un pied d’égalité, ou en passe de l’être. La fin est comme on la souhaite, et ça fait plaisir.

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