♥ The Guernsey Literary and Potato Peel Society – Mary Ann Shafer & Annie Barrows

[Chronique de juillet 2013]

Cette chronique va être difficile à faire. C’est vrai qu’il est beaucoup plus simple de dire du mal que de dire du bien. Je n’ai jamais de problème pour rédiger les articles des livres ou des films que je n’ai pas aimés, mais j’ai souvent des difficultés avec ceux que j’ai adorés. Alors quand c’est un coup de cœur énorme comme pour Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, je ne vous dis pas… Comme quasiment tout le monde, j’ai beaucoup entendu parler de ce livre à sa sortie. Je m’y intéressais, mais sans plus. Il faut dire que les histoires de guerre ça n’a jamais été trop mon truc. Je voulais quand même essayer, tellement de personnes l’avaient adoré ! Et puis je suis curieuse. Mon amie Dawn a eu l’excellente idée de me l’offrir lors de notre swap « Jane Austen & England », et après moult encouragements et conversations à son sujet, je me suis lancée la semaine dernière… Vraiment, heureusement que j’ai de si bonnes copines, sinon je serai passée à côté d’un moment de lecture inoubliable !

lecercleDe quoi ça parle ? Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates est un roman épistolaire, tout en lettres, télégrammes et quelquefois d’autres supports. Nous sommes en 1946. Le personnage principal s’appelle Juliet Ashton. Elle est écrivain, et ses chroniques durant la guerre lui ont valu la renommée. Elle écrivait des petites choses drôles pour adoucir les cœurs, mais à présent elle est en panne d’inspiration, et ne sait pas du tout quoi faire pour un nouveau livre, quand elle reçoit une lettre d’un certain Dawsey Adams, habitant de l’île anglo-normande de Guernesey, qui lui explique qu’il a lu un livre de Charles Lamb lui ayant jadis appartenu, et qu’il aimerait bien lire d’autres choses de cet auteur. Il mentionne aussi un certain Cercle d’amateurs de littérature et de tourtes aux épluchures de patates… C’est le début de la correspondance entre Juliet et des Guernesiais, qui va changer sa vie…

Passer le restant de mes jours avec un être à qui je n’aurais rien à dire, ou pire, avec qui je ne pourrais pas partager de silences ? Je n’imagine pas d’existence plus solitaire. (Juliet)

Ce roman est séparé en deux parties très logiques : durant la première partie Juliet est en Angleterre, en particulier à Londres, et dans la deuxième elle va visiter Guernesey. Nous avons une petite carte en début de livre qui permet de visualiser à quel point cette île n’est pas grande. A part ça, je n’en vois pas beaucoup l’utilité. J’ai préféré aller regarder des photos de l’île sur Internet après avoir fini le roman, en gardant en tête les descriptions qui sont faites dans le roman. Car oui, ce livre donne envie de visiter Guernesey ! Pour ma part j’ai envie d’y aller depuis que je sais que Victor Hugo y a séjourné pendant son exil et y a écrit quelques unes de ses plus belles œuvres, mais maintenant encore plus ! Le choix de cette petite île apporte une touche d’originalité dans le traitement de la Seconde Guerre mondiale. C’est très agréable de découvrir un endroit qu’on connaît si peu. De plus, le caractère des insulaires en général colle bien avec les personnages créés par Mary Ann Shaffer !

Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu’à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas. (Juliet)

Pour moi, ce roman est très, très proche de la perfection. Il y a tout de ce que je souhaite, tout ce que je peux rechercher dans un livre. Le sujet est sérieux (oui, on parle quand même de la façon dans les habitants de Guernesey ont survécu à l’Occupation et des séquelles qui en restent), mais très bien traité, de façon originale et sans dramatiser outre mesure ni prétendre que ce n’est pas grave. C’est l’une des rares fois où j’ai vraiment aimé un roman traité de l’une des deux Guerres mondiales. Il y a de l’humour à la pelle (j’ai ri aux éclats à plus d’une reprise !), et c’est un humour fin, le genre qui me plaît tout à fait. En même temps, j’ai été prise à la gorge par des émotions très fortes : la colère, l’espoir, la tristesse… J’ai détesté cordialement certains personnages et ai eu envie de les gifler à la volée (y’en a un qui en méritait une bonne mais malheureusement ne l’a pas reçue). J’ai espéré tout le long du roman avant de pleurer comme une madeleine, deux fois. J’ai été ravie par la fin. Je me suis attachée aux personnages comme s’il s’agissait de mes propres amis : Juliet, bien sûr, mais aussi Isola, qui m’a fait beaucoup rire (mais faut arrêter la phrénologie Isola, c’est des conneries !), Dawsey bien sûr (même si en fin de compte on ne le voit pas tant que ça et je trouve qu’il n’arrive pas à la cheville d’autres personnages de la littérature dont je tairai les noms), Amelia, Kit, Eben, Eli, Susan, et évidemment Elizabeth. Je regrette qu’on ait peu vu Sidney et Sophie finalement, mais j’imagine qu’il ne fallait pas trop alourdir le roman.

J’adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C’est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l’argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l’amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. Et l’idée d’avoir la primeur des nouveaux livres. (Juliet)

L’amitié, l’amour, le courage, la confiance, l’intimité, la complicité, autant d’émotions et de qualités que l’on retrouve dans ce roman. L’histoire est belle et juste, tout simplement. J’ajouterais que c’est bien écrit mais très accessible et que ça se lit très vite (il y a quand même de belles marges, c’est écrit assez gros et il y a beaucoup d’espaces vides et de lettres courtes ou de télégrammes). J’adore le format épistolaire (Les Liaisons dangereuses n’est pas l’un de mes romans préférés pour rien !), ça nous permet vraiment de nous plonger dans l’histoire et de nous croire aux côtés des personnages (je leur aurais bien fait un câlin de réconfort à un certain moment). J’ai beaucoup apprécié aussi toutes les références littéraires. Les sœurs Brontë, Charles Lamb (que je ne connaissais pas), Marc-Aurèle, Agatha Christie, Jane Austen, Victor Hugo, Oscar Wilde (les développements à son sujet sont un vrai délice !)… Le roman traite beaucoup aussi des relations hommes-femmes, et c’est assez triste de voir que certaines personnes se comportent aujourd’hui comme au moment de l’après-guerre…

Vous connaissez sans doute l’immense mémorial que Victoria fit ériger pour son époux bien-aimé, le prince consort Albert. C’est un joyau des jardins de Kensington, un monument au goût raffiné de la reine autant qu’à la gloire du défunt. Juliet félicitait le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche d’avoir ordonné que des petits pois soient plantés dans les pelouses entourant ce mémorial, et écrivait qu’il n’était de meilleur épouvantail dans toute l’Angleterre que le prince Albert. (Lady Bella Taunton)

Il m’arrive souvent de ne pas comprendre pourquoi de nombreux lecteurs ont eu un coup de cœur sur tel ou tel livre après l’avoir lu. Mais pour Le Cercle littéraire, je ne comprends pas ce qu’ils peuvent bien trouver à lui reprocher. Je suis triste que Mary Ann Shafer soit décédée, peut-être aurait-elle pu nous écrire d’autres magnifiques romans !

Vivez-vous au bord de la Tamise ? Je l’espère, car les personnes qui habitent à proximité d’un cours d’eau sont bien plus sympathiques que les autres. (Isola)

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