♥ Rebecca – Daphne du Maurier

[Chronique de novembre 2013]

rebeccaRelire un roman qu’on a adoré, c’est toujours prendre un gros risque. Parfois, on est très déçu, comme ça a été mon cas en relisant il y a quelques années les trilogies Ewilande Pierre Bottéro, que j’avais lues au début de l’adolescence. Mais heureusement, la plupart du temps pour moi, relire  un livre est un immense plaisir. Je relis régulièrement les Harry Potter, toujours aussi enchantée. A la dernière réunion du club de lecture, avec une autre membre du club, nous avions représenté Rebecca, de Daphne Du Maurier. J’ai découvert cette auteure à mes dix-huit ans, lorsqu’une amie m’a offert L’auberge de la Jamaïque. Je l’avais dévoré, et j’avais continué avec la lecture de son roman le plus connu, adapté ensuite par Hitchcock : Rebecca.

Last night I dreamt I went to Manderley again. It seemed to me I stood by the iron gate leading to the drive, and for a while I could not enter, for the way was barred to me.

Ce roman commence lorsqu’une dame de compagnie d’un peu plus d’une vingtaine d’années rencontre à Monte Carlo Maxim de Winter, un veuf de quarante ans. Rapidement, elle tombe amoureuse de lui, et se désespère lorsque son employeuse, Mrs Van Hopper, déclare qu’elles partent vivre à New York. Quand elle annonce la nouvelle à Maxim, celui-ci la demande en mariage, à sa grande surprise. Elle accepte et ils convolent bientôt. Quelques six semaines plus tard, les voilà à Manderley, la demeure anglaise des de Winter. Bien vite, la jeune mariée apprend que la précédente épouse, décédée en mer il y a un peu plus d’un an, manque à beaucoup de gens. Cette Rebecca semble toujours là…

Instinctively I thougt, ‘She is comparing me to Rebecca’, and sharp as a sword the shadow came between us…

La réunion du club de lecture sur ce roman a été extrêmement intéressante. Happée par cette histoire et ses personnages, j’avais une vision bien précise du livre, et me suis aperçue en entendant les autres lecteurs en parler qu’on pouvait faire mille interprétations de chaque détail écrit par Daphne Du Maurier. J’ai donc ouvert de grands yeux en m’apercevant que j’étais l’une des rares à apprécier l’héroïne. Je n’avais jamais fait attention à ses défauts, obnubilée par la façon dont je me mettais à sa place, et pourtant c’est vrai qu’elle en a ! Notre narratrice dont on n’apprend jamais le nom est en effet assez énervante dans son genre. Toujours inquiète, prompte à se faire une montage du moindre petit incident, effacée et un peu godiche, elle a de quoi exaspérer, surtout si le lecteur, plus avisé qu’elle, devine avant elle certains non-dits. Pour ma part, je ne suis pas très bonne pour deviner ce qu’il va se passer dans un livre, et d’ailleurs, j’y réfléchis rarement, me laissant simplement porter vers la destination choisie par l’auteur. Pour ma part, je la trouve très attachante, et je la comprends de A à Z, parce que je partageais beaucoup de ses traits de personnalité quand j’étais plus jeune (mais je me soigne). Elle manque terriblement de confiance en elle, doute qu’on puisse lui porter de l’affection et se sent mal à l’aise dans son nouveau rôle de maîtresse de domaine, elle qui n’est pas de l’aristocratie, qui n’est pas particulièrement jolie. Il faut dire aussi que la pauvre n’est pas aidée. Les adorateurs de Rebecca, volontairement ou non, lui mènent parfois la vie dure. Le fait que son nom ne nous soit jamais donné nous titille, et c’est assez frustrant, mais je trouve que ça permet aussi une meilleure identification au personnage, ou de faire de la narratrice le vecteur du lecteur vers le cœur du roman : elle s’efface, nous laisse sa place. Cette idée est corrélée par le fait qu’elle est passive la majeure partie de l’histoire.

She belonged to another breed of men and women, another race than I. They had guts, the women of her race. They were not like me.

*****

I could fight the living but I could not fight the dead.

rebecca1Le personnage de Maxim de Winter a également déchaîné les foules, si j’ose dire ! J’ai toujours beaucoup aimé l’histoire d’amour de ce roman, je la trouve très « vraie ». Les deux personnes se tournent autour sans se comprendre, se laissent piéger par des apparences, des sous-entendus, par leurs propres démons… Leur amour n’en est que plus fort au final. Certes, Maxim n’est pas le petit ami rêvé. D’abords, il a presque le double de l’âge de sa nouvelle épousée. Ensuite, niveau communication, c’est plutôt zéro : il ne lui explique pas en quoi consiste son nouveau rôle, ne l’aide pas franchement à s’intégrer à Manderley, se barre à Londres sans elle… Et en même temps, quand on connaît la vérité, je trouve que tout ça s’explique. D’abord, c’est un homme au début du XXème siècle. Non pas qu’il soit misogyne, mais il est quand même pas mal conditionné par son statut social. Être aristocrate, diriger, pour lui, c’est inné, et il ne se rend pas bien compte des difficultés que cela peut représenter. Secundo, il a bien des choses dans la tête, ce qui doit lui laisser assez peu le loisir de penser à autre chose. Tertio, il s’en fout. Les problèmes domestiques, c’est du détail comparé au reste. Et enfin, c’est un personnage très taquin. Il aime bien embêter gentiment sa femme, mais pour elle, la moindre remarque se transforme en reproche. Bref, moi je l’aime beaucoup, ce personnage.

You have blotted out the past for me, you know, far more effectively than all the bright lights of Monte Carlo. But for you I should have left long ago, gone on to Italy, and Greece, and further still perhaps. You have spared me all those wanderings.

Parlons un peu des autres tout de même. J’aime bien Frank Crawley, l’archétype du bon métayer, gentil en toute chose, un peu gauche, et très sincère. Frith m’a fait furieusement penser à Carson de Downton Abbey (c’est plutôt dans l’autre sens en fait). D’ailleurs, cette série permet de bien se représenter la vie à Manderley. Mrs Danvers est évidemment super flippante, mais sûrement qu’au fond elle est juste paumée. Fin bon, elle est méchante quand même, je ne voudrais d’elle comme intendante pour rien au monde (Mrs Hughes est juste un million de fois mieux !). La scène de la fenêtre est particulièrement perturbante. Jack Favell est bien le genre de type à qui on a très rapidement envie de coller un direct du droit. Beatrice et Giles n’apportent pas grand-chose, mais j’aime assez Beatrice, bien rentre-dedans malgré sa classe sociale. Tous ces personnages sont parfaitement ancrés dans le réel, on pourrait les croiser. Ils vivent véritablement sous la plume de Daphne Du Maurier.

A black figure stood waiting for me at the head of the stairs, the hollow eyes watching me intently from the white skull’s face.

*****

I could see she despised me, marking with all the snobbery of her class that I was no great lady, that I was humble, shy, and diffident.

L’ambiance. Ah, l’ambiance. À ce niveau-là, cette auteure britannique reste pour moi inégalée. Jamais je n’ai lu d’autres écrivains avec un tel talent pour créer une atmosphère si particulière, pour décrire si bien les ressentis, sentiments, réflexions et autres cheminements de pensée. Comment ne pas être happé ? Et pourtant, il n’y a pas de lourdes descriptions qui s’étalent sur des pages et des pages, pas de phrases à rallonge dont on perd le fil après la dix-septième ligne (bon d’accord, j’exagère un peu, là). Il  y a seulement cette maîtrise de l’écriture et de la psychologie humaine, ainsi qu’un talent d’observatrice hors pair. J’ai relu ce roman en anglais, et vraiment c’est un délice. J’en suis toute gaga, comme vous voyez. C’est une très belle écriture, mais qui n’est pas lourde, pas du tout difficile à lire, en anglais comme en français (la seule difficulté que j’ai rencontrée a porté sur les descriptions du jardin, pas évidente dans les premiers chapitres, mais ensuite ça va tout seul).

I began to understand why some people could not bear the clamour of the sea. It has a mournful harping note sometimes, and the very persistence of it, that eternal roll and thunder and hiss, plays a jagged tune upon the nerves.

*****

No one would ever hurt Manderley. It would lie always in a hollow like an enchanted thing, guarded by the woods, safe, secure, while the sea broke and ran and came again ine the little shingle bays below.

LogolectureanglaisQuant à l’intrigue, personnellement je n’avais quasiment rien deviné à ma première lecture. À la seconde, j’ai traqué tous les petits indices, et en effet ils sont disséminés très tôt et dans tout le roman. Il est donc possible de faire une lecture sans surprise, comme mon amie Cassiopée (qui cependant a beaucoup aimé le livre), ou pleine de rebondissements (surtout à la fin), comme moi, qui ne devine pas grand chose. C’est une histoire bien fourbe, pas forcément joyeuse mais pas déprimante non plus, qui sait tenir son lecteur, parce que quoiqu’il arrive, on veut le fin mot de l’histoire. Parlons-en de la fin, d’ailleurs. Elle est parfaite, et même temps elle m’énerve ! Daphne Du Maurier a un don avec ça (elle m’a tuée dans Le bouc émissaire). Elle nous laisse sur une dernière page magistrale, en soi il n’y a pas besoin de suite, et pourtant… J’en veux une ! Susan Hill a réalisé mon rêve avec son sequel intitulé Mrs de Winter (titre VO), que j’ai dans la bibli. On m’a dit au club que c’était pas mal du tout, ce qui ma rassure vu que les avis lus sur internet étaient plutôt négatifs. Un jour, vous aurez donc mon avis sur cette suite. Et sur les autres livres de Daphne Du Maurier aussi, parce que j’ai bien l’intention de tous les lire (ou relire pour ceux déjà lus, c’est-à-dire L’auberge de la Jamaïque qui a également été adapté par Hitchcock et que je n’ai pas vu, Le bouc émissaire qui est mon préféré pour l’instant et Ma Cousine Rachel). Il y a déjà dans ma PAL La Maison sur le rivage, Mad, Mary Anne et Les Oiseaux (recueil de nouvelles dont la principale a aussi été adaptée par Hitchcock, qu’aurai-il fait sans cette auteure, on se le demande).

Au cas où ces longs paragraphes ne vous auraient pas mis la puce à l’oreille, j’adore ce roman, j’adore son auteure, tout le monde devrait lire Rebecca et l’adorer.

Logo Daphne Du Maurier

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3 réflexions sur “♥ Rebecca – Daphne du Maurier

  1. Ton article m’a donné envie de lire ce livre et de découvrir cette auteure ! Hop dans ma wishlist !

    Et voilà un point sur lequel nous nous rejoignons : moi aussi je me laisse guider par l’intrigue sans trop me poser de questions pour connaitre la suite. Je trouve ça trop frustrant de deviner la fin !

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