Dear Mr Darcy: A Retelling of Pride and Prejudice – Amanda Grange

[Chronique de janvier 2014]

Après avoir dévoré tous les Journaux d’Amanda Grange parus chez Milady, je ne pouvais pas passer à côté de son roman épistolaire Cher Mr Darcy qui reprend Orgueil et préjugés, malgré qu’il s’agisse d’un grand format. Le roman commence (comme toujours dans les réécritures de ce classique) avant celui de Jane Austen, pour nous raconter Ramsgate. Là, Amanda Grange est allée encore plus loin en nous contant la mort de Mr Darcy père (qui, au demeurant, n’a pas l’air d’avoir été si sympathique que ça si on s’en tient à sa dernière lettre !).

chermrdarcyGlobalement, c’était une lecture facile, agréable et très rapide. Je suis toujours contente de lire une austenerie, même quand elle n’est pas géniale (jusqu’à présent, il n’y a qu’Aston que je trouve d’une nullité insupportable). Je suis plutôt bon public en la matière, ce qui se confirme avec ce roman qui ne m’a pas hérissée autant qu’il aurait dû. Il souffre de nombreux défauts mais j’ai tout de même apprécié ma lecture, déjà parce que j’adore la forme épistolaire. Ça se lit à toute vitesse, et ça fait du bien quand en parallèle on galère sur un livre depuis trois semaines (c’était World War Z) !

J’ai franchement buté sur certaines choses tout de même. Amanda Grange explique en avant-propos que les premiers essais de Jane Austen sur O&P et R&S s’étaient faits sous forme épistolaire, jusque-là pas de souci, sauf qu’elle ajoute qu’avec Cher Mr Darcy, elle a souhaité écrire ce qu’aurait écrit Jane Austen si elle avait suivi sa première idée jusqu’au bout. Sauf que là, on en est très loin… Jamais, et je dis bien JAMAIS elle n’aurait écrit les lettres qu’échange Wickham avec deux de ses complices, où il mentionne expressément ses vices et ses noirs desseins envers Georgiana et n’importe quelle héritière. Question subtilité, c’est zéro pointé. J’ai aussi trouvé que l’auteure allait trop loin avec les lettres de Mary à son amie. Au début, c’était amusant de la voir se croire si intelligente, alors qu’elle ne raconte que des âneries, mais ses lettres se multiplient et ont au final un intérêt très limité pour l’histoire. De même, les lettres de Mr Collins sont drôles, mais y’avait-il besoin d’en faire autant ? Celles de Mrs Bennet ne sont pas très intéressantes non plus. J’ai beaucoup aimé celles de Mr Bennet, mais évidemment il y en avait très peu. Alors que Lizzie et Jane sont longtemps séparées, nous n’avons rien de leur correspondance.

J’ai eu du mal à reconnaître les personnages. L’écriture d’Amanda Grange n’a rien de particulier, et elle n’a pas vraiment fait d’efforts pour différencier les styles épistolaires des personnages, hormis en copiant l’exubérance de Mrs Bennet et les façons ampoulées de Mr Collins. Par contre, j’ai vu une blogueuse (je ne sais plus qui) dire que dès la première lettre de Lizzie c’était n’importe quoi parce qu’elle remercie sa tante de lui avoir offert un chapeau et se montre contente d’avoir une jolie toilette. Il me semble que Jane Austen écrivait souvent ce genre de futilités à Cassandra. Elle était très consciente de cet aspect vaniteux des femmes et l’acceptait. Après tout, c’est la vérité, nous sommes contentes d’avoir une tenue dans laquelle on se sent jolie. Personnellement, ça ne m’a pas choquée du tout de voir Lizzie dire ça. C’est une jeune femme qui cherche à plaire, quoi de plus naturel ? Ce qui était bizarre en revanche, c’était la temporalité des lettres échangées. Un courrier mettait plus d’une journée pour arriver à son destinataire à cette époque, non ? Je pense qu’Amanda Grange n’a pas fait attention à ces questions et l’aspect vraisemblable de son roman en pâtit. J’ai en revanche trouvé que par moments l’humour et l’ironie de Jane était bien retranscrit.

J’ai également à reprocher à ce roman de n’apporter quasiment rien de plus à l’histoire, à part la mention de deux gentlemen pour Mary et Kitty, mais ce n’est pas du tout développé et ça perd rapidement de son intérêt. Je n’aime décidément pas du tout Charlotte, qui m’a vraiment énervée dans cette version. Le roman finit rapidement, presque abruptement. Les nouveaux personnages, comme le cousin de Mr Darcy du nom de Philip Darcy, ne servent à rien. Ils sont des prétextes pour faire s’épancher tel ou tel personnage. Mr Darcy perd complètement de son mystère et aussi, dans une certaine mesure, de sa noblesse. Il y a un moment ou deux où il m’a paru pathétique, dans le mauvais sens du terme. Hormis dans la trilogie de Pamela Aidan, c’est la version où ce héros romantique m’a le moins plu. Le roman original est, évidemment, mille fois plus riche.

Pour conclure, je dirais que ce roman ne vaut pas la peine d’être acheté, surtout qu’il n’existe qu’en grand format (en français tout du moins, je ne sais pas en VO), mais si vous tombez dessus d’occasion, ou en bibliothèque, ou si une amie vous le prête, pourquoi pas se laisser tenter ? Ce n’est pas non plus horrible, ça se lit en quelques jours au plus, et ça permet encore et toujours de rester proche de ce roman qu’on aime tant.

Ah, pourquoi n’y a-t-il pas dans le monde autant de jeunes gens aimables et raisonnables que de jeunes filles qui les méritent ?

Challenge Austenien

ChallengeXIXeme2

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