Esquisses parisiennes – Émile Zola

[Chronique de janvier 2014]

esquisses-copie-1J’ai suivi avec intérêt la sortie de Belle Epoque, nouveau titre de la collection R qui m’avait l’air prometteur. J’ai vu que Matilda n’avait pas aimé, notamment à cause de l’héroïne ; mais j’ai surtout appris que l’idée en était venue à Elizabeth Ross d’après une courte nouvelle d’Emile Zola, intitulée Les repoussoirs. Tant que j’y étais, j’ai lu tout le recueil où elle se trouvait, intitulé Esquisse parisiennes, paru en 1866 si je ne dis pas de bêtise. Vous verrez que mon avis sur Les repoussoirs est beaucoup plus long que ceux sur les trois autres nouvelles.

La vierge au cirage

Cette première nouvelle est bien étrange. Je ne sais pas trop quoi en penser. L’écriture est vraiment très belle, j’ai trouvé que les descriptions de la demoiselle étaient magnifiques. On a du mal à voir où Zola veut en venir, même lorsqu’on a lu la fin. J’en retiens que peu importe où en arrive, on ne peut se défaire de l’où on vient. Je ne sais pas si c’est la morale voulue par Zola (mais ça ne m’étonnerait guère quand on sait qu’il croyait très fort en l’hérédité, qu’il s’est appliqué à mettre en avant dans nombre de ses romans, et surtout dans les Rougon-Macquart) et en tout cas elle ne me plaît guère, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier ses écrits (j’ai d’ailleurs adoré La Bête humaine, où le côté héréditaire frôle l’absence totale de libre arbitre !).

Les vieilles aux yeux bleus

Cette nouvelle est très touchante. Zola montre ici ses qualités d’observateur et sa capacité à rêver, et à nous faire rêver avec lui. Je n’ai rien de plus à dire, mais j’ai pioché quelques citations dedans. J’ai vraiment bien aimé, beaucoup plus que la première.

Lorsque je songe à la chasse terrible et vaine que je leur ai faite, je suis prêt à croire que les vieilles aux yeux bleus sont les ombres de celles qui sont mortes d’amour et qui reviennent se promener sur les trottoirs où elles ont tant aimé.

*****

Les yeux avaient parlé, et je me dis que je savais maintenant d’où venaient les vieilles aux yeux bleus qui, dans les rues, jettent parfois encore aux jeunes hommes des regards sournois et affamés. Elles viennent des amours de nos pères.

Les repoussoirs

Dans cette histoire, Monsieur Durandeau a eu l’idée d’inventer un nouvel ornement de la beauté des femmes : le repoussoir, qui est une jeune fille… laide. Une femme d’une beauté moyenne paraîtra toujours plus belle à côté d’un laideron. Et le voilà qui lance son entreprise de louage de repoussoirs.

Zola s’est manifestement fait plaisir avec Les Repoussoirs. J’imagine facilement qu’une remarque a été lancée dans un coin, et qu’il a attrapé l’idée au vol, la poussant au ridicule. Et pourtant… Qui ne s’est jamais fait cette réflexion ? Le principe est le même que lorsqu’on se remonte le moral en se disant qu’untel est plus malheureux. C’est affreusement mesquin, mais c’est la nature humaine. Attention hein, je ne dis pas que c’est bien ! Et ça me choquerait horriblement si une telle agence existait.

Heureusement, il s’agit d’une fiction sans conséquence, et quel humour ! Il faut prendre ce texte au trente-sixième degré. J’ai trouvé la plume de Zola particulièrement agréable, et il a eu raison de faire un texte si court. Il fait parler un admirateur de Durandeau (je me demande même s’il ne s’agit pas d’une admiratrice, une dame ayant usé de ses services) et à un moment, un glissement semble s’opérer dans le discours, mais ce n’est qu’une feinte de Zola, qui là encore ne cherche qu’à faire rire. Mais par cet effet, on entrevoit sa véritable pensée : il plaint sincèrement les jeunes filles qui se font vraiment manipuler par des demoiselles plus jolies qui ne leur offrent leur amitié qu’à condition qu’elles servent de faire-valoir dans la rue, les soirées mondaines et auprès des jeunes gens. Je me demande même s’il ne s’agissait pas d’une véritable « mode » à cette époque parmi les filles de la haute société. Cela existe encore aujourd’hui malheureusement, je me rappelle que c’était vraiment monnaie courante au collège, et l’été dernier une collègue m’a confié l’avoir fait jusqu’au lycée, et se sentir très mal aujourd’hui envers ses anciennes « amies ». Zola nous offre donc une réflexion en filigrane, qu’il revient au lecteur de faire en réalité.

Ce texte m’a beaucoup plu, et m’encourage à découvrir davantage Zola, car je ne connaissais pas cette facette humoristique de cet auteur, dont je n’avais lu que La Bête humaine auparavant, qui est très sérieux bien qu’excellent.

À Paris, tout se vend : les vierges folles et les vierges sages, les mensonges et les vérités, les larmes et les sourires.

*****

La grande question pour lui fut la physionomie, et il ne retint que les faces décourageantes, celles qui glacent par leur nullité et leur immobilité idiote.

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Madame, j’ai à offrir aux beaux visages la plus riche collection de visages laids qu’on puisse voir. Les vêtements troués font valoir les habits neufs ; mes faces laides font valoir les jeunes et jolies faces.

L’amour sous les toits

J’ai lu cette très courte histoire comme une ode à l’amour et un hommage aux vies simples, faites d’honnêteté et de travail. Là aussi, je ne vois pas quoi dire de plus !

En somme, je suis vraiment contente d’avoir lu ce petit recueil, ça m’a en quelque sorte remis le pied à l’étrier avant de me replonger dans ses textes plus conséquents (celui que j’ai en ligne de mire est Au bonheur des dames, pour pouvoir regarder The Paradise ensuite !) et m’a aussi « préparée » à une éventuelle future lecture de Belle Epoque, même si je ne vois pas quand je vais trouver le temps de le lire…

ChallengeXIXeme2

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2 réflexions sur “Esquisses parisiennes – Émile Zola

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