♥ La Belle et la Bête – Madame de Villeneuve – Madame Leprince de Beaumont – Disney

[Chronique de mars 2014]

la-belle-et-la-bete-2Comme à peu près tous les gens de mon âge, j’ai découvert l’histoire de La Belle et la Bête avec le film d’animation des studios Disney. En grandissant (et notamment en étudiant les Contes de Perrault pour le bac), je me suis intéressée doucement à ce genre particulier, et j’ai regardé d’où venaient mes Disney préférés, à commencer par mon favori, La Belle et la Bête. Il y a quelques années, j’ai lu la version de Madame Leprince de Beaumont, parce que généralement on tombe d’abord sur celle-là, puisque ce serait celle dont Cocteau s’est inspiré pour son film avec Jean Marais, et Disney pour leur dessin animé. J’en gardais un mauvais souvenir. A mon anniversaire l’année dernière, Dawn et Cassie ont eu la bonne idée de m’offrir la première version française de ce conte, celle de Madame de Villeneuve, que je voulais depuis longtemps. J’ai décidé de la lire ce week-end, et j’ai enchaîné avec une relecture de la version de Madame Leprince de Beaumont, d’où cet article.

La version de Madame de Villeneuve date de 1740 et se trouve dans son ouvrage La Jeune Amériquaine et les contes marins (je vous rassure, je ne me suis pas trompée d’orthographe). Celle de Madame Leprince de Beaumont date de 1757 dans son livre Le Magasin des enfants. Il ne faut pas s’y tromper : les contes appartiennent à tout le monde, cette histoire remonte probablement à l’Antiquité, Apulée serait l’un des premiers à l’avoir racontée. Madame Leprince de Beaumont a aimé l’idée de base reprise par Madame de Villeneuve et en a réécrite une version, beaucoup plus courte (elle écrivait plus à destination des enfants), en se basant sur la version précédente et faisant de grandes coupes dedans. J’ai tout de suite moins de sympathie pour Leprince de Beaumont, que je n’aimais déjà pas beaucoup suite à ma première lecture de son conte. Le coup de cœur de cet article est bel et bien pour la version de 1740.

Madame de Villeneuve

la-belle-et-la-bete-3Le conte de Madame de Villeneuve fait plus de cent pages. Il est organisé en deux parties. La première s’arrête lorsque la Belle revient rendre visite à son père. La deuxième partie explique en fait tout le background de l’histoire, après les retrouvailles de la Belle et la Bête et la fin de la malédiction. Les adaptations s’attardent en réalité sur la première partie de l’histoire de Madame de Villeneuve, avec la façon dont Belle se retrouve à vivre dans le château et la façon dont elle et la Bête s’apprivoisent l’un l’autre. C’est une partie réellement enchanteresse. J’ai adoré suivre d’abord les déboires de la famille de Belle, et de son père en particulier, puis son arrivée au château, et la découverte pour le lecteur de ce lieu magique. L’imagination de Madame de Villeneuve est fertile et ses descriptions m’ont fait rêver, surtout qu’elle a une très belle plume (et plutôt accessible). J’ai apprécié le personnage de Belle, qui est très développé. Elle est attachante et malgré mes premières craintes, on y croit. C’est vrai quoi, elle est parfaite ! Et pourtant je l’ai trouvée vraie, parce qu’elle a des peurs, qu’elle évolue, qu’elle souffre même par moments.

Le marchand, qui dans un instant perdit de vue ce fatal palais, ressentit autant de joie qu’il avait eu la veille de plaisir à l’apercevoir, avec cette différence que la douceur de s’en éloigner était empoisonnée par la cruelle nécessité d’y retourner.

La deuxième partie m’a beaucoup étonnée parce qu’on ne la connaît pas du tout ! Je n’avais jamais entendu parler de cet aspect de l’histoire. J’étais donc très curieuse d’avoir toutes les explications, et ne croyez pas qu’elles ne portent que sur la Bête, loin de là… La Bête est vraiment un monstre physiquement. Elle a une trompe (oui, vous avez bien lu !) et des écailles qui font un bruit horrible quand elle marche. Si elle parle sous le coup d’une émotion, elle produit des sons effrayants. Elle est lourde, pataude. Bref, elle fiche quand même la trouille au début, et pour qui ne connaîtrait pas l’histoire (même si ce ne doit pas être fréquent !), on pourrait penser qu’elle va vraiment bouffer Belle dès son arrivée (ça n’aurait rien d’extraordinaire dans un conte…). Il y a bien une morale (mais pas formalisées comme chez Perrault), elle est diffuse et reprise plusieurs fois dans le conte, au travers des rêves de Belle et bien sûr à la fin. C’est une morale, donc elle donne une leçon, apprend quelque chose au lecteur, mais elle n’est pas moralisatrice. L’auteure s’est placée « dans un pays lointain », et de ce fait la religion n’a pas sa place dans ce conte. On est sur l’être humain, les éléments fantastiques ne sont là que pour les mettre en lumière, montrer leurs qualités ou leurs défauts. Je termine cet éloge de la version de Madame de Villeneuve en disant que la version Folio à 2€ fait précéder le texte d’une introduction très intéressante et que j’ai pris grand plaisir à lire.

Il est plus avantageux d’avoir un mari d’un caractère aimable que d’en avoir un qui n’ait que la bonne mine pour tout mérite. Combien de filles à qui l’on fait épouser des Bêtes riches, mais plus bêtes que la Bête, qui ne l’est que par la figure, et non par les sentiments et par les actions ?

Madame Leprince de Beaumont

la-belle-et-la-bete-4Quant à la version de Madame Leprince de Beaumont… c’est une autre affaire. Déjà, c’est une version beaucoup plus courte. Je l’ai lue en ebook, je ne sais donc pas combien de pages elle fait, mais je dirais une dizaine. En si peu de temps, seul l’essentiel pour la compréhension de l’histoire est gardé. Pas de développements, pas non plus de descriptions. La Bête est décrite comme un monstre, mais on ne sait pas du tout à quoi elle ressemble. Du château, presque rien non plus, juste mention d’une ou deux choses luxueuses. On ne voit pas non plus l’évolution des sentiments de Belle : elle est tellement gentille et pure comme fille que tout de suite elle accepte d’épouser la Bête (j’exagère à peine). Ensuite, il y a cette moralisation qui me hérisse le poil, avec le catholicisme qui te pousse aux fesses. Ça dégouline de fausse vertu (bah oui, pour moi à force d’être si parfaite, Belle n’a plus l’air vraie et honnête, je suis sûre qu’elle fait tout ça juste parce que le curé lui a dit que c’était ainsi qu’elle irait au Paradis) et les méchants sont punis. Vous me direz que les frères Grimm aussi sont spécialistes des punitions limite gore (voyez les affreuses belles-sœurs de Cendrillon par exemple), n’empêche qu’eux ne me donnent pas cette impression (ils me font plutôt penser à des idoles de Tarantino, ils se faisaient un plaisir de se déchaîner à la fin sur les vilains !). Avec Leprince de Beaumont, on est vraiment dans une sentence chrétienne, en tout cas c’est l’impression que j’ai, et ça ne me plaît pas du tout. Ce conte m’ennuie en fait, je ne prends pas de plaisir à la lecture. En plus, ce n’est pas particulièrement bien écrit, c’est très simpliste (écrire pour les enfants n’est pas une bonne raison pour ne pas faire d’efforts). Je précise que lors de ma première lecture, j’avais poussé plus loin en lisant d’autres contes de l’auteur, pour lui donner une chance, mais tous sont du même acabit. J’essaierai peut-être de lire ceux récupérés dans l’édition gratuite de ses Contes de fées, mais vraiment je vais devoir me forcer.

Non, mon père, lui dit la Belle avec fermeté ; vous partirez demain matin, et vous m’abandonnerez au secours du Ciel ; peut-être aura-t-il pitié de moi.

*****

[…] il épousa la Belle, qui vécut avec lui fort longtemps et dans un bonheur parfait, parce qu’il était fondé sur la vertu.

Disney et les contes originaux

la-belle-et-la-bete-1Enfin, qu’y a-t-il chez Disney ? Je pense que l’histoire est tirée de la version Leprince de Beaumont. Les studios aux grandes oreilles n’ont pris que la trame principale : une jeune femme, Belle, prend la place de son père auprès de la Bête pour le sauver. Au départ effrayée et dégoûtée, elle apprend à la connaître. Elle rentre chez elle pour voir son père et revient pour sauver la Bête. L’amour de la Belle la délie de son enchantement et elle se transforme en prince. Ensuite, Disney a fait ce qu’il a voulu. Pour donner au château l’aspect enchanté qui n’est pas détaillé dans le conte, il a inventé que les serviteurs de la Bête ont également subi un enchantement qui les a transformés en objets animés. Ça existe dans la version de Madame de Villeneuve : à la fin, les belles statues qui ornent les jardins redeviennent des humains, figés le temps que leur prince était un Bête. L’idée de Disney est en tout cas excellente. La rose qui dans les deux versions du conte est coupée par le père pour l’offrir à Belle a une place bien différente, mais encore plus importante et plus magique je trouve. Tout le côté luxueux, présent dans les deux contes, est complètement mis de côté. Au contraire, pour accentuer le côté torturé de la Bête, le château est assez largement en état de délabrement (excepté la bibliothèque !). On ne voit pas non plus la fée venue récompenser Belle pour sa bonté : le film parle de lui-même. En bref, Disney, comme toujours, réécrit sa propre histoire à partir d’un conte qui appartient au folklore.

Vous l’aurez compris, je suis complètement tombée amoureuse du conte de Madame de Villeneuve, et j’aimerais beaucoup avoir une édition complète de l’œuvre à laquelle appartient La Belle et la Bête. Je continuerai bien sûr à voir très souvent le film d’animation de Disney, qui reste mon préféré. J’ai aussi très envie de lire d’autres réécritures de cette histoire, notamment la version d’Eloisa James et celle de Robin McKinley. J’espère que cet article vous a plu !

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3 réflexions sur “♥ La Belle et la Bête – Madame de Villeneuve – Madame Leprince de Beaumont – Disney

  1. A la différence de toi je n’ai pas du tout aimé la version de Villeneuve et surtout la deuxième partie en réalité. C’est drôle parce que je pense comme toi pour le côté trop chrétien et moralisateur mais pour la version de Villeneuve, du coup quand j’ai terminé le livre j’étais déçue à un point que ce livre je n’en parlerai qu’en mal TT

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