Sanditon, A Novel by Jane Austen and another Lady – Jane Austen & Marie Dobbs

[Chronique de février 2014]

J’étais folle de joie l’année dernière quand une version achevée de Sanditon est ressortie au Livre de Poche. Je l’ai achetée aussitôt mais ai remis le plaisir de la lecture à plus tard. Quand j’ai décidé de lire cette œuvre inachevée de Jane Austen (elle était déjà très malade lorsqu’elle l’a commencée et n’a pas pu la finir) pour le Challenge Cold Winter, j’ai longuement hésité, car je dispose de trois versions de ce texte. L’original en anglais, l’original traduit et cette version terminée par « une autre dame » (en français). Après moult réflexions, je me suis décidée pour la version terminée, en me disant que j’avais plus de chances d’apprécier la partie qui n’est pas de Jane Austen de cette façon.

sanditonaustenLe roman s’ouvre alors que Mr Parker et son épouse se sont trompés de route (sans le savoir) et se retrouvent sur un fort mauvais chemin de campagne, si bien que leur voiture verse et que Mr Parker se foule la cheville. Le gentleman farmer du coin, Mr Heywood, leur propose aussitôt de venir se reposer chez lui, où sa femme et ses enfants seront ravis de les accueillir. Les Parker y passent plusieurs jours, le temps que la cheville de Monsieur se remette. Pleins de gratitude pour leurs hôtes, ils invitent en remerciement l’aînée des demoiselles Heywood, Charlotte, à venir passer quelques temps chez eux, à Sanditon.

Le début est génialissime. Si Jane Austen avait pu finir ce livre, ç’aurait peut-être été son meilleur. J’ai été vraiment conquise. Les personnages sont admirablement croqués, l’humour est extraordinaire et l’héroïne est déjà très attachante. Le roman se dirigeait à mon avis vers le même style que Northanger Abbey : la satire. Sans être méchante, Jane ne l’est jamais, mais en mettant en relief les défauts de son époque juste ce qu’il faut, en exergue le ridicule où il existe, elle fait rire. Là, il est question de la mode des stations balnéaires et des personnes qui adorent y passer l’été, en particulier les hypocondriaques. Le sujet du roman s’annonçait donc très léger, avec tout de même une petite intrigue entre deux personnages secondaires à peine esquissée.

Quand on passe à « l’autre dame », le mieux est de ne pas savoir à quel moment s’opère le changement. J’ai été spoilée sur ce point par une chronique, et c’est bien dommage. Pour profiter un maximum du roman, il vaut mieux ignorer le passage d’une auteure à l’autre. D’ailleurs, j’ai trouvé qu’on ne ressentait pas le changement immédiatement, mais petit à petit des défauts apparaissent qui étaient complètement absents au début. Il y a quelques paragraphes « inutiles », des descriptions ou des réflexions dont on sait que Jane Austen ne les aurait pas faites. Il y a surtout un aspect qui m’a gênée tout le reste de ma lecture, qui est l’emploi trop fréquent des prénoms dans la narration. Il est écrit « Sidney » au lei de « Mr Sidney Parker », ce qui convient bien mieux… Il n’y a pas non plus le respect des règles pour les demoiselles. Ce devrait être « Miss Parker » pour l’ainée et « Miss Diana » pour la cadette, mai là c’est « Miss Susan » et « Miss Diana ». Ce sont des erreurs que je trouve difficilement pardonnables.

Néanmoins, l’écriture est très correcte, c’est l’une des plus réussies que j’ai lue. Le rapprochement avec le style d’Austen est souvent réussi, j’ai vu peu d’écarts, même s’il manque de cette vivacité et de cette ironie austenienne, mais globalement j’ai trouvé que c’était un très bel effort de ce point de vue, surtout quand on compare à d’autres austeneries… Sur les personnages, manifestement la deuxième auteure a essayé de se raccrocher aux quelques éléments donnés par Austen, mais s’éloigne parfois, volontairement ou non, je ne sais pas. Sa Charlotte finit par ressembler un peu trop à Elizabeth Bennet, le caractère calme en plus. Elle pousse parfois trop loin le caractère du personnage de Sidney Parker, mais j’avoue l’avoir beaucoup apprécié. De la même façon, elle force un peu le trait sur tous les Parker (sauf Arthur), et au bout d’un moment on oublie leur gentillesse devant les couches de ridicule ajoutées par l’auteure. J’ai bien aimé Miss Lambe. Par contre, je pense que les sœurs Beaufort n’ont pas été utilisées à bon escient. Jane Austen avait sûrement des projets plus poussés pour elles deux. Quant à Miss Clara Brereton et aux Denham, je suis très circonspecte sur les choix de l’auteure. Je prêterai une attention toute particulière à ce qui est dit par Austen à leur sujet quand je relirai sa version inachevée. En tout cas, il est clair que sur Sir Edward, « l’autre dame » est allée bien trop loin et s’est discréditée à mes yeux.

Concernant la qualité des péripéties qui jalonnent l’histoire et des relations entre les personnages, elle est variable. Par exemple, j’approuve totalement le choix fait pour Mr Arthur Parker. La résolution de l’intrigue autour de Mr Brudenall n’est pas quelque chose qu’Austen aurait écrit je pense, car elle ne l’aurait pas cautionné, elle aurait privilégié une autre solution, mais c’était suffisamment bien amené et argumenté pour ne pas choquer, et ça m’a plu. Par contre, là où je dis clairement NON, c’est pour la toute fin, le chapitre 29. Alors que tout allait bien, que j’étais ravie de ma lecture, ça devient tout à coup du grand n’importe quoi et ça gâche le plaisir. J’essaierai de me rappeler du livre en omettant cette péripétie désastreuse, ridicule, capillotractée et même franchement impossible. Les réactions de Charlotte ne sont pas non plus plausibles à ce moment-là. C’est vraiment dommage et ça m’a beaucoup déçue, c’était parfaitement inutile de ruiner la fin comme ça.

Pour résumer ce long avis, le début de Sanditon est merveilleux, Jane Austen était au meilleur de sa forme intellectuellement. La suite présente de nombreuses qualités pour une austenerie, mais elle présente à mon avis un défaut rédhibitoire qui empêche de se laisser aller à rêver en se disant que Jane aurait peut-être tourné son histoire de cette façon. Je conseille néanmoins cette lecture très agréable, en vous mettant en garde contre la quasi-fin, qui est un non-sens complet pour les puristes. Je suis bien contente que Dawn m’ait offert la version 100% Austen, que je vais essayer de lire dans l’année, surtout qu’elle est précédée de Lady Susan que je dois relire et de The Watsons, dernier texte qu’il me reste à découvrir… Après je n’aurais plus que ses lettres.

Challenge Austenien

ChallengeXIXeme2

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2 réflexions sur “Sanditon, A Novel by Jane Austen and another Lady – Jane Austen & Marie Dobbs

  1. Avec les Watson, Sanditon fait parti des livres de Jane Austen que je n’ai pas encore lu et j’avoue que le fait que la fin ne soit pas écrite par elle me refroidi un peu :/
    D’ailleurs ton avis sur le sujet rejoint tout ceux que j’ai déjà lu… on voit la différence d’écriture. C’est normal puisque les auteurs sont différents, mais si la deuxième n’est pas en accord avec ce qu’aurait put écrire la première, ça devient tout de suite gênant !
    Mais bon, je finirais tout de même pas le lire 🙂

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    1. C’est à toi de voir 😉 Ça me fait quand même rêver de lire ces débuts de romans… Jane Austen n’a jamais eu l’intention de finir The Watsons donc c’est un peu moins intéressant, par contre elle était bien partie dans Sanditon et je crois vraiment que ça aurait pu être son meilleur si elle avait eu plus de temps pour l’achever =)

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