Never let me go – Kazuo Ishiguro / Never let me go (2010)

[Chronique de juillet 2014]

nlmg1 J’étais intéressée par le roman Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro depuis longtemps et je ne regrette pas du tout de m’être lancée dedans. C’est tout à la fois un roman d’anticipation qui traite de grandes questions contemporaines, de quête de soi, de réflexion sur le sens de la vie et des arts.

L’histoire est narrée par Kathy H. Alors qu’elle s’apprête à arrêter son travail d’accompagnante (mais qu’est-ce ? il vous faudra lire le roman pour le savoir !), elle se rappelle son enfance et son adolescence dans les années 70 et 80, à Hailsham puis ailleurs, auprès d’autres élèves, et notamment Ruth et Tommy, à travers une série d’événements petits ou grands, pas forcément racontés chronologiquement, même si son récit suit une ligne directrice depuis ses jeunes années jusqu’au jour où elle raconte. Elle analyse toutes les choses qui l’ont conduite là. Elle nous parle presque comme si nous étions devant elle, en tout cas comme si nous savions de quoi elle parle. C’est si évident pour elle, qui a grandit en connaissant tout cela, alors pourquoi s’embêter à nous expliquer ? Le lecteur donc s’interroge et rapidement en vient à la conclusion que quelque chose n’est pas normal. Le monde de Kathy semble comme le nôtre, et pourtant…

Le roman est subtil et bien mené. Ce n’est pas un livre à péripéties qui tient son lecteur en haleine, mais je ne me suis pas ennuyée une seconde et quand j’étais lancée dans ma lecture, j’avais bien du mal à le lâcher. On s’arrête souvent pendant la lecture, pour réfléchir aux implications de telle phrase, de ce mot. J’ai adoré cette capacité de l’auteur à nous pousser à réfléchir par nous-mêmes plutôt qu’à attendre que ça nous tombe tout cuit dans le bec. Je n’ai pas trouvé la fin très émouvante (je me doutais un peu de la façon dont ça allait tourner) mais elle est marquante, et là encore elle nous encourage à réfléchir. Kazuo Ishiguro fait ça avec une plume simple, presque délicate, mais ne mâche pas ses mots quand c’est nécessaire.

On s’attache facilement à Kathy puisqu’on voit tout par ses yeux et qu’elle nous apparaît comme une personne simple, abordable, gentille. J’ai eu du mal à comprendre son amitié avec Ruth, qui n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler un personnage sympathique, même si ses réactions face à la vie qui leur est réservée sont intéressantes et permettent de faire avancer l’histoire. Quant à Tommy, je suis mitigée. Il est quelque part le plus optimiste, le plus vrai, tout en étant passablement irritable et adorable.

J’ai beaucoup aimé ce roman qui aborde de nombreuses questions éthiques de notre époque et qui ne vont faire que se poser de plus en plus, même si elles sont facilement ignorées. je ne sais pas pourquoi ce n’est pas un coup de cœur, mais c’est un super livre.

nlmg2Le film, qu’on trouve généralement sous le titre original Never let me go, est à mon avis bien en-dessous du livre. Déjà, il passe trop vite sur la période à Hailsham, en vingt minutes ou une demi-heure, alors que c’est quasiment la moitié du roman (je pense que c’est pour rentabiliser les trois acteurs adultes, bien plus coûteux que les gosses…). Au lieu de rester dans l’implicite, le réalisateur Mark Romanek a préféré quasiment tout nous dire dès l’ouverture du film, en brodant sur ce qui n’est que sous-entendu par l’auteur (j’ignore s’il a collaboré à la création du film) et en se concentrant par la suite sur l’aspect romance de l’histoire, très mineur dans le livre. Le film aurait mérité d’être un peu plus long (il fait 1h40) et plus développé, plus complet. À mon avis, il manque des éléments très importants, notamment dans une scène proche de la fin. J’ai trouvé Andrew Garfield (Tommy) vraiment mauvais. Je ne l’avais déjà pas aimé en tant que Peter Parker, mais il n’était pas mieux avant. Je trouve qu’il tire même le film vers le bas, car les interactions entre Carey Mulligan (Kathy) et Ruth (Keira Knightley) sont généralement très bonnes. La BO aussi m’a beaucoup plu, je l’ai écoutée plusieurs fois. Petite mention à Bill Weasley, qui apparaît dans le film en tant que Rodney ! On aperçoit aussi Charlotte Rampling qui incarne Madame (dont je n’ai volontairement pas parlé dans la chronique du roman).

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En bref, cette adaptation n’a pas la profondeur du livre mais n’est pas non plus un mauvais film, je le reverrai à l’occasion.

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