Villette – Charlotte Brontë

[Chronique de février 2015]

Que c’est dur, d’écrire la chronique d’un livre qu’on n’a pas aimé, d’une auteure qu’on a par ailleurs adorée… C’est pourtant bien ce qui se passe avec Villette.

Lucy Snowe, jeune femme anglaise, n’a ni famille, ni argent. Elle doit subvenir à ses besoins et sur un coup de tête, quitte l’Angleterre pour le continent, le Royaume de Labassecour pour être précis (la Belgique déguisée), et pour être plus précis encore, pour Villette, la capitale (Bruxelles donc).

Les romans des sœurs Brontë m’enthousiasment généralement beaucoup. Si vous tapez « Brontë » dans la barre de recherche du blog, vous trouverez plusieurs de mes chroniques sur leurs romans. Mais là, ça a vraiment été difficile. Déjà parce que Villette est un pavé. Donc quand, au bout de cent pages, je n’aimais déjà pas beaucoup, je me sentais un peu découragée d’en avoir encore six cents à lire… Tout est long et lent dans ce livre. L’intrigue n’est pas très présente, la plupart du temps on se contente de lire une succession de petits évènements de la vie dans la pension de Mme Beck et les pensées (souvent inintéressantes, j’en suis désolée) que cela inspire à Lucy, qui est la narratrice.

villetteCette fille est tellement fade. Alors que son caractère effacé, sa soi-disant timidité aurait pu me la rendre sympathique, sa haute opinion d’elle-même, qu’elle se défend d’avoir mais qui transparaît dans chacun des jugements qu’elle porte sur les autres, son étroitesse d’esprit, sa rigidité, sa fierté, sa passivité, et tant d’autres choses encore, me l’ont rendue absolument insupportable. J’en suis presque venue à la détester. Tous les défauts de Charlotte Brontë transparaissent dans cette « héroïne », avec en bonne place son orgueil démesuré. Jane Eyre n’est pas parfaite non plus et peut se montrer très dure envers les autres également, mais ce n’est rien en comparaison de cette pimbêche de Lucy, certaine de détenir les clés de compréhension de l’univers. Elle passe une bonne parti du roman à se plaindre de sa situation mais elle ne fait rien, elle attend que les choses passent et se fassent sans elle. On ne sait quasiment rien de son passé (on assiste à une petite période de sa vie lorsqu’elle est adolescente puis on la retrouve directement dans la vingtaine, quand elle cherche un moyen de gagner sa vie, sans explication sur ce qui s’est passé entre-temps, ça m’énerve !), ce qui a contribué à m’empêcher de m’attacher à elle. J’ai également détesté son côté religieux, qui se double d’une forte intolérance à l’égard des croyances et des rites des autres. Il paraît que Charlotte Brontë a beaucoup souffert, lors de son voyage en Belgique, de se trouver entourée de catholiques, et c’est ce qu’elle transpose ici, mais franchement je m’en contrefiche. Je n’ai rien contre le fait de critiquer intelligemment une religion (bien au contraire…), mais s’y opposer systématiquement par principe, simplement parce qu’on en suit une autre, c’est pile poil le genre de choses qui me fait sortir de mes gonds. Donc les réflexions pseudo-philosophico-religieuses de Lucy, très peu pour moi.

Les autres personnages ne m’ont pas beaucoup plus emballée. Pourtant, je reconnais qu’ils sont très développés, tout en nuances. Rien n’est noir ni blanc, et Lucy reconnaît les qualités et défauts de chacun, mais d’une façon si moralisatrice… Elle ne note que ce qui lui apparaît bon ou mauvais. On ne voit donc les autres personnages qu’à travers le prisme de cette jeune femme « coincée », pour employer une expression moderne. J’ai néanmoins bien aimé Mme Bretton et Mme Marchmont (qu’on ne voit qu’un chapitre). Les deux principales figures masculines m’ont laissée froide, et Lucy qui fait la girouette tant qu’elle ne sait pas s’ils peuvent l’aimer, ne me les a pas rendus plus sympathiques. Ils ne sont pas non plus crédibles en tant qu’êtres humains, notamment parce que Lucy passe d’un excès à l’autre dans l’opinion qu’elle a d’eux.

J’ai été presque choquée des nombreux passages, quasiment insultants, et certainement pleins de mépris, pour tout ce qui n’est pas anglais. À quelques exceptions près (on aura bien compris que Charlotte Brontë haïssait les pensionnats anglais, à juste titre après ce qu’elle y a vécu), l’Angleterre, et surtout les Anglais et les Anglaises, surpassent le monde entier. On peut être patriote et aimer son pays sans avoir besoin de dire que tous les autres ne valent pas un crottin de cheval. Il suffit de voir comment elle a renommé la Belgique… « Labassecour »… Elle a donné le titre de « Dindonneau » à l’héritier du couple royal aussi. Charmant, n’est-ce pas ? C’est majoritairement la Belgique qui s’en prend plein la tête vu que c’est là que se déroule la majeure partie du roman, mais Charlotte Brontë, à travers Lucy Snowe, n’épargne pas non plus la France ou l’Espagne, lorsqu’elle a l’occasion de glisser une pique ou deux. Je n’ai pas arrêté de penser : puisque le mode de vie et la personnalité des continentaux lui déplaisent tant, pourquoi ne retourne-t-elle pas en Angleterre ?

Sur l’histoire en elle-même, elle n’est développée réellement que dans la deuxième moitié. Les quelques péripéties m’ont paru souvent peu crédibles, alors que c’était bien dosé dans Jane Eyre. Par exemple, Lucy arrive à Villette, catastrophe sa malle n’est pas arrivée avec elle, elle est sans le sou dans une ville inconnu dont elle ne parle pas la langue, et pourtant dès le premier soir elle trouve un toit. Chapeau ! Et dire qu’en plus elle se plaint de sa malchance ! (Tout en insistant sur le fait que c’est Sa Volonté bien sûr, et que donc elle s’y plie avec joie… Pouah !) J’ai espéré tout au long du roman qu’au moins la fin me plairait, mais je suis dubitative. Déjà parce que je l’ai devinée dès l’un des premiers chapitres, et qu’une « péripétie » dans les derniers chapitres m’a confirmée ce qu’allait être la toute fin. Mais j’aurais au moins voulu de l’émotion, un peu de développement pour me faire compatir, quelque chose quoi ! Je veux dire, elle a écrit sept cents pages dont la majorité est creuse, et elle ne pouvait pas écrire plus de quatre pages et demi sur la conclusion ?!

Ai-je des choses positives à dire ? Oui, une, par rapport au style, très XIXème. Charlotte Brontë a puisé dans son expérience bruxelloise pour écrire ce roman. Lors de son deuxième séjour à Bruxelles, elle a vécu une période de grave dépression, qu’elle rend ici d’une manière qui m’a serré le cœur. Ses mots pour conter le désespoir, la solitude et la douleur étaient parfaits. Les descriptions, tant celles du temps, des lieux que des sentiments, sont aussi souvent très belles et très visuelles. Il est quand même dommage qu’il y ait si peur d’émotions positives dans ce roman. J’ai plutôt apprécié les passages avec un accent fantastique, Charlotte Brontë avait beaucoup de talent pour ça. J’aurais aimé qu’elle écrive quelques romans clairement fantastique, mais je crois qu’elle trouvait ça en-dessous d’elle, ce qui est bien dommage parce que de ce fait ces passages finissent par relever de la superstition.

Je ne peux pas dire que c’est un mauvais roman, parce que c’est magnifiquement écrit, manifestement très réfléchi et très important pour l’auteure, et que la souffrance qui y transparaît n’est pas à prendre à la légère, mais honnêtement quasiment rien ne m’a plu, et j’ai rarement eu tant de peine à venir à bout d’un roman, a fortiori d’un roman d’une des sœurs Brontë. Il me reste Shirley à lire, j’espère qu’il sera meilleur…

L’avis de Fanny

Et celui de Cassie

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2 réflexions sur “Villette – Charlotte Brontë

  1. J’ai adoré mais adoré Jane Eyre par contre celui là je pense que je le lirai mais avant un très très long moment, je ne supporte pas les personnages qui se permettent de juger tous le monde ou alors il lui faut une sacrée excuse. C’est pour ça que je n’ai pas vraiment apprécié le roman Morwenna de Jo Walton.

    Aimé par 1 personne

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