Willoughby’s Return – Jane Odiwe

[Chronique de janvier 2015]

Après avoir relu avec délices Sense and Sensibility, j’étais super motivée pour continuer l’histoire avec un sequel de Jane Odiwe intitulé Willoughby’s Return, en VO aussi (il me semble avoir lu quelque part que Jane Odiwe allait voir certains de ses livres traduits en français, mais je ne sais plus lesquels).

Nous sommes quelques années après la fin écrite par Jane Austen. Margaret a l’âge de se trouver un époux, tandis que ses sœurs poursuivent leur vie maritale, sans heurt pour Elinor mais avec plus de difficultés pour Marianne. Elle voit d’un mauvais œil les visites de son époux le Colonel Brandon à sa pupille, Eliza, et la fille de celle-ci, Lizzie.

wrCe sequel a pas mal de bonnes idées mais souffre de plein de petits défauts qui, accumulés, nuisent grandement à sa qualité globale et me laissent mitigée. Commençons par le plus important, ce que va automatiquement regarder une janéite : la fidélité au roman original. Et tout de suite ça coince. Certains personnages sont parfaitement repris, Jane Odiwe a su se les approprier impeccablement, tels qu’Elinor (qu’on voit très peu mais qui est présentée vraiment comme ennuyeuse, ne fait que sermonner ses sœurs et dont le bonheur domestique a l’air sincèrement barbant), Mrs Dashwood, Sir John, Mrs Jennings, mais aussi Mrs Robert Ferrars ou encore, plus notable, mon cher Colonel. La transition de l’admirateur discret au mari prévenant est très réussie, et je l’aime plus que jamais !

Là où ça n’a pas été, c’est sur Marianne et Margaret, les deux héroïnes de ce sequel. Marianne ne semble quasiment pas avoir changé, si ce n’est que dorénavant elle aime Brandon. La fin de Sense and Sensibility nous promettait une jeune femme toujours passionnée par ce qu’elle aime mais plus posée, moins à même de foncer tête baissée. Or, la Marianne qu’on a ici est bouffie d’ingratitude (j’ai encore du mal à croire que l’auteure l’ait fait parler ainsi de Mrs Jennings après tout ce qu’elle a fait pour les Miss Dashwoods ! Et le pire, c’est que ça vaut aussi pour le Colonel par moments !) et désireuse de jouer les femmes marieuses pour sa benjamine (euh, vraiment ? alors que Marianne ne supportait pas les insinuations et taquineries de la même Mrs Jennings ?). Quant à Margaret, elle aussi est « ratée ». Il est bien fait allusion une ou deux fois à son envie de voyager qui la démarquerait de ses aînées, mais à part ça elle est présentée comme un « entre-deux » qui ne ressemble finalement pas à grand-chose. Exemple : elle pense que la conduite de Marianne était mauvaise et se place donc du « côté » d’Elinor mais se comporte en fait comme Marianne et prend des risques très similaires. Je n’ai pas du tout aimé que dès le début du livre elle se déclare avoir été amoureuse de Willoughby (mais genre vraiment), avant de se rétracter quelques chapitres plus tard en disant que ce n’était qu’une amourette de gamine. Vous me direz qu’elle est si peu détaillée dans le roman d’Austen que Jane Odiwe peut faire ce qu’elle veut. Certes. Mais l’adaptation d’Ang Lee en 1995 et celle de la BBC en 2008 ont tellement marqué les janéites que je comprends mal comment on peut souhaiter faire l’impasse sur la Margaret qui est présentée, si vivante et attachante.

LogolectureanglaisJ’ai aussi du mal avec le traitement de Willoughby en général. À mon avis, les Dashwood sont déjà trop complaisantes à son égard dans S&S, alors même qu’Elinor a bien compris lorsqu’il présente ses « excuses » qu’il a agi uniquement par égoïsme. Il évolue encore un peu plus dans cette suite, et je pourrais y croire si les explications nécessaires accompagnaient ce changement. Quant à l’évolution de Marianne, pas mal calquée sur celle qu’elle a déjà vécu, on la voit venir de loin, de très loin… L’idée de base était pourtant alléchante : après un premier amour dévastateur, comment s’attacher de nouveau, comment éviter les comparaisons, la jalousie ? Et cela dans les deux sens, tant pour Marianne que pour le Colonel. Jane Odiwe a eu de bonnes inspirations, mais leur application est par trop bancale. Elle a aussi souhaité faire des clins d’œil au roman d’origine (la chute et la maladie de Marianne sont repris notamment, mais je ne vous dis pas dans quelle mesure), ce qui peut plaire, ou pas. Personnellement ça me laisse l’impression que l’auteure n’avait pas d’idée propre.

Je dois en revanche reconnaître que Jane Odiwe a fait des efforts louables. C’est loin d’être la pire austenerie que j’ai lue, et en plus elle n’est pas mal écrite. Il y a un peu trop de descriptions (les tenues, les lieux, les physiques), quand Jane Austen se concentre plutôt sur une ambiance, sur un détail (comme les yeux d’Elizabeth Bennet) plutôt que de s’étendre inutilement. Certains dialogues sont très bien rendus, avec Mrs Jennings ou Mrs Robert Ferrars par exemple. L’ensemble est assez dynamique, et si je râlais au début en voyant ce qu’étaient devenues Marianne et Margaret, j’ai fini par me prendre au jeu.

Finalement, j’ai plutôt apprécié Willoughby’s Return, il est simplement dommage que des éléments prometteurs soient gâchés par des écueils qui auraient facilement pu être évités. Ça reste une lecture plaisante et qui change des austeneries que j’ai lues jusqu’à présent puisqu’elle est consacrée à S&S plutôt qu’à P&P !

If she could not entirely forget Willoughby, who had injured her, how could Brandon ever be freed from the memory of his first love, the woman who had been taken from him by circumstances beyond his control?

Challenge Austenien

ChallengeXIXeme2

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