♥ L’Éveil des chimères – Éric Amon

Qui a dit que les monstres n’avaient pas d’âme ?

Dans un monde dominé par les humains, où la magie est à peine plus qu’un soupir, les créatures mythiques de l’ancien temps (sphinx, minotaure, manticore, hydre, faune…) essaient tant bien que mal d’exister.

Dans cet univers imaginaire et extraordinaire, quand elles ne sont pas simplement considérées comme de pures fictions, elles passent désormais aux yeux des hommes pour des monstres.

Le sont-elles toutes vraiment ?

Je ne vais pas mentir, on pourrait me le reprocher : l’auteur de ce livre paru aux toutes jeunes éditions Leha est un ami. J’avais été bêta-lectrice sur plusieurs des textes qui composent ce livre. J’étais ravie d’apprendre qu’il avait trouvé un éditeur avec suffisamment de flair pour sentir que son travail constituait de l’excellente fantasy. Forcément, j’avais hâte de découvrir le rendu final.

Un soupçon de curiosité et de fascination surnageait toutefois au milieu de l’odeur aigrelette de l’angoisse. Que virent-ils ? une impossibilité. Un fragment de passé oublié.

Croyez-le ou non, je suis objective quand je dis que L’Éveil des chimères est une merveille. Je m’en vais vous démontrer ça.

D’abord, le style. Changeant d’un texte à l’autre, il est toujours travaillé, toujours adapté à l’histoire racontée et à la chimère présentée. L’auteur maîtrise la langue française bien mieux que la moyenne de nos contemporains (moi y compris bien sûr) et c’est tellement agréable de lire un bouquin si bien écrit ! Éric Amon admire, à raison, Jean-Philippe Jaworski (qu’il m’a fait découvrir d’ailleurs). La plume est différente, mais le souci des mots, les phrases ciselées, l’attention prêtée tant au fond qu’à la forme sont là et la comparaison se tient !

Le sexe, comme une pièce rapportée ; l’humain, comme un hybride qui s’ignore, songea Silence avec saisissement.

Ensuite, la structure narrative. L’Éveil des chimères n’est pas un roman mais ce n’est pas non plus un simple recueil de nouvelles. Celles-ci sont enchâssées dans un ensemble cohérent, solide et bien construit, qui se révèle au fur et à mesure de la lecture, jusqu’à la toute fin. Elle est tortueuse comme ces chimères dont la nature est si difficile à cerner mais cohérente comme l’univers où elles évoluent. Les points de vue narratifs sont tout aussi bien pensés. Certaines nouvelles sont rédigées à la première personne, d’autres d’un point de vue élargi à la troisième personne. L’une d’elles, qui compte parmi mes préférées, est écrite à la deuxième personne. Je n’avais jamais lu ça et surtout, je n’aurais jamais cru que cela fonctionnerait, et pourtant c’est parfait ! On trouve également une petite pièce de théâtre en huis clos.

Que fait-il, à la base ? Il ne fait qu’amplifier notre sensibilité. Nous évoluons dans un monde où, pour survivre, nous devons nous barricader l’âme et le cœur. Résister au poids que la société fait peser sur nous, résister aux blessures que la vie nous a infligées, résister encore et toujours afin d’être capables de rester debout et d’avancer. mais que soudain, un air de musique puisse nous mettre à nu, comme on éplucherait l’écorce d’une orange peut-être, alors ça nous semble terrible, épouvantable.  Nous nous cabrons de toutes nos forces. Pourtant n’y aurait-il pas, parfois, des vertus à baisser la garde et à perdre le contrôle ? À embrasser notre vulnérabilité ? Quand kla charge du violon m’échut, il me sembla que de pouvoir en jouer était une chance incroyable :il me permettrait de restituer aux hommes le sentiment de leur humanité. C’est-à-dire, par conséquent, de rendre le monde meilleur.

Les créatures chimériques sont souvent mises en scène dans les romans de genre fantastique ou fantasy. Ici, Éric Amon ne se contente pas d’un dragon ou de sirènes et tritons. Le panel, qui puise dans la mythologie grecque et ailleurs, évolue dans un monde plutôt médiéval que l’on apprend à connaître au fil des textes. Chaque fois que l’on commence à en lire un, on s’interroge sur la créature que l’on va rencontrer, et chaque fois elle est présentée de manière différente, souvent inattendue.

Quelques mots pour finir sur mes textes préférés. Impossible de les classer mais j’adore particulièrement Gnosse en ses méandres que j’avais déjà lu et dont je parlais plus tôt, pour sa structure parfaitement adaptée à son récit et qui rend hommage à l’excellent Déchronologue de Stéphane Beauverger, ainsi que sa narration exceptionnelle ; Au-delà presque l’horizon qui arrive sur la fin, vient éclairer de nombreux points, poser de belles interrogations et par certains aspects m’a rappelé La Horde du contrevent ; La Confrérie qui est prenante jusqu’au bout, le roman dans les nouvelles.

J’entends encore la voix léonine du mentor qui a compté le plus pour moi. Le monde tel qu’on le connaît, affirmait-il, est comme le déroulé d’un poème symphonique : Ourobore, à l’ouest, tout au bord, le premier mot, la clé de sol, du sol sous nos pieds, et qu’on prétend le berceau de toute chose, puis primevers, c’est-à-dire le premier vers, pour certains le premier dragon, mais également et surtout le pays du printemps, ensuite ce qu’il reste des Terres d’été, le continent déchiqueté, ce qui fut et a été, puis les Contrées d’Automne, dont les fragments d’ombre, Eniocre, Octambre et Décombrie, s’agrégeant avec la flamboyante Phénicée, ont formé la nébuleuse Vertumne, et enfin, voilà le Cratère de l’Hiver, la strophe de la catastrophe, où viennent s’échouer les rêves et prendre fin tous les refrains…

Je conclus en ajoutant que j’ai offert ce livre à un ami féru de fantasy qui a également adoré sa lecture. Il n’y a pas que moi qui le dis, L’Éveil des chimères est un exemple virtuose de la fantasy française !

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